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BULLETIN

SOCIÉTÉ D'ÉMULATION

Du Bourbonnais

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BULLETIN

DE LA

SOCIÉTÉ D'ÉMULATION

DU BOURBONNAIS

(LETTRES, SCIENCES ET ARTS)

RECONNUE D'UTILITÉ PUBLIQUE

PAR DÉCRET DU 20 AOUT 1925

TOME VINGT-NEUVIÈME

MOULINS LES IMPRIMERIES RÉUNIE5

15, RUE D’BENGHIEN, [5

1920

MAIN LIBRARY

C2 77 CE XIE

A S/Cz

S tt HA v. 29

PROCÉS-V ERBAUX

SÉANCE DU 4'JANVIER 1926

Présinexce px M. Le D' pe Barixox

— Etaient présents : M®* Bucaerox, DuPuy-AuBERT DE LA Face, Moxceau. Mlle Tenaasse, MM. Bauryx, Burior-Dansires. Capeuix. Cocas De CHATELPERRON, Gaurien, GÉNERMONT, MicenT, Sannazix, lieutenant-colonel De Sarxr Hiiter, ViPue.

— Excusés : MM. A. Banner, Georges Bruez, CHamBRow, chanoine CLémexr.

— Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

— M. 18 Présent souhaite la bienvenue à M”: Dupuy. Le sou- venir de son père, M. Aubert de la Faige, est toujours vivant dans la Société, qui appréciait hautement son érudition.

— M. le Président rend hommage à la mémoire de M Gabriel Morand, distingué et dévoué collègue, qui exerça la fonction prési- dentielle en 1910 et 1911.

— Lettres : De M. De CarTHELINEAU, remerciant de son admission.

— De M. Décinière, signalant la mise en vente à Bruxelles d’un livre de Guillaume Télin, de Cusset, en Auvergne. M. Délinière s offrait très aimablement à servir d’intermédiaire pour l'acquisition, si la Société avait voulu se mettre sur le rang des acquéreurs.

Depuis, par une lettre en date du 1e décembre 1925, notre collè-

912

2 SoC1ÉTÉ D'EMULATION pu BOURBONNAIS

gue nous informe que le livre, dont le titre est Bref sommaire des sept vertus. sepl ars libéraux, sept ars de poésie, etc., faicl par Guil- laume Télin, de la ville de Cusset en Auvergne (1 vol. petit in-8°), Paris, Galliot du Pré, 1533, reliure maroquin rouge (Thompson), ex-libris de Charles Nodier, a été adjugé au prix de 4.900 francs belges.

Le prix élevé atteint par cet ouvrage ne nous en a pas permis l'achat.

M. Augustin Beuvaro, qui avait égalernent signalé ce très cu- rieux ouvrage bourbonnais, à la séance du 1°" février 1889 (page 268 t. XVIII), écrivait qu'à une vente précédente, un exemplaire de ce même ouvrage, de la même date 1533, n'était monté qu'à 245 francs.

— Lettre de la Société Archéologique de Tarn-et-Garonne, nous informant en vers latins, selon son docte usage, de la célébration de ses noces de diamant, en même temps qu'elle nous adresse ses vœux pour l'année nouvelle. Nous nous permettons d'en donner la traduction suivante : « Voici qu'arrive l'année jubilaire ramenant des fêtes que nous célébrons d’un élan unanime. Le temps a marqué déjà soixante ans depuis que sous le ciel nous jouissons des lumières de la vie, et il convient de rappeler ce qui fut accompli par nos chers direc- teurs etnos savants maîtres. Leurs noms brillent dans nos fastes. Ils ysont mélangés. en effet, les écrivains et les poètes et la louange que chacun d'eux mérite est grande. Pour que ta voix s’unisse à nous dans l'hymne du triomphe, toi aussi, chère sœur, participe à nos fêtes. Un esprit unique anime nos doctes corporations et ainsi tu apporteras à notre Société le gage précieux de l'amitié et nous te dirons une dévoute et véritable sur. Que Dieu, en outre, exauce les vœux que je fais pour toi et t'acccorde, avec largesse et bienveillance, de nom- breux bienfaits. »

— Deux articles signés de M. le chanoine Clément ont paru dans la Rerue Scientifique du Bourbonnais. L'un d'eux fait l'histo- rique du prieuré de Moladier, vestige intéressant d’un édifice con- ventuel, trop peu connu du public, et qu'entretient avec soin notre confrère M. Lassimonne.

L'autre article décrit la chapelle de la Bouteille, située dans la forêt de Tronçais. Nous engageons fortement nos sociétaires à lire

ces ingéressautes monographies.

ProcÈs-VERBAUX 3

— Îl sera joint, au prochain Bulletin, une note demandant à nos sociétaires leur souscription, dans le but d'imprimer le Catalogue de notre bibliothèque.

Leur cotisation en faveur de la caisse des fouilles est également sollicitée.

-. M. Louis Grécoine, à qui nous devons le Guide d'Hérisson et de sa région, vient d'en faire paraître une deuxième édition, sous le titre : Guide pitloresque de la vallée de l'Aumance. M. Grégoire nous en adresse aimablement un exemplaire. L'assistance lui envoie ses remerciements.

— M. le D' pe Brivox expose à la Société les faits suivants :

« Dans une visite faite au Musée de Saint-Germain-en-Laye, le 31 décembre 25, j'ai vu le groupe dit de Néris, trouvé dans un puits de M. Nuret, et vendu au Musée par le propriétaire. [l se trouve dans la salle 21, qui n'est pas habituellement ouverte au public, et où J'ai été conduit par un gardien, sur la recommandation très gracieu- sement accordée par M. S. Reinach. Le bas-relief est accolé à un pilier, assez bas, à environ r mètre du sol ; il porte, comme l'indique le catalogue, le numéro 31518, et c'est bien l'original, non un moulage. Au-dessous du bas-relief, on lit l'inscription : Rosmerta et Mercure (inscription mise par le Musée). La déesse a 0",36 de haut. Les personnages sont assez finement sculptés dans une pierre dure, grisâtre.

« 30 décembre 25. J'ai vu au Musée du Louvre les deux bustes d'Auguste et de Livie, qui viennent de Neuillÿ-le-Réal. [l n'est pas étonnant que les personnes qui les cherchent dans la partie ouverte au public ne les trouvent pas. La salle où ils sont n'est pas ouverte, il faut demander l'autorisation pour y pénétrer ; ils portent les numéros 28 et 29 du catalogue des bronzes antiques de M. de Ri- dolles : les moulages du Musée de Moulins en donnent une idée très imparfaite. On m'a dit à l'atelier de moulage qu'une reproduction, si elle était autorisée, coûterait environ 100 fr. par buste. »

— M. Burior-Darsises donne lecture de deux relations de voyage, parues dans des revues allemandes, où il est question du Bourbon- nais. À des époques très éloignées l’une de l'autre, deux Allemands de marque ont consigné, l'un en cours de route (15971. l'autre pen- dant sa captivité (octobre 1870), leurs impressions. Ces gages seront publiées dans le Bulletin.

4 SociÉTÉ D'EMULATION pu BoURBONNAIS

——

— M. le lieutenant-colonel de Sarvr Hincier met sous les yeux de l'assistance l'alphabet qu'il a reconstitué et grâce auquel il a pu déchiffrer les inscriptions de Glozel. Puis:il donne lecture d'une no- tice détaillée qui est renvoyée à la Commission du Bulletin.

— M. le Président communique la réponse faite par M. Salomon Reinach au sujet des inscriptions de Glozel. M. Reinach persiste à les croire indéchiffrables.

— M. Vire, regrettant que l'absence de M. le chanoine Clé- ment ne permette pas d'examiner, dès maintenant, la question de l'excursion, fait remarquer que si la Société est résolue à pratiquer la visite successive de chaque arrondissement, cette rotation nous con- duirait cette année dans l'arrondissement de La Palisse.

— Sont présentés à l'admission :

M. Pranez, archiviste-paléographe, par M. le chanoine Clément, Louis Montagne, Monicat.

M. Durin Jean, étudiant en médecine, Vallon-en-Sully (Allier), par MM. A. Bardet, Mauve, Viple.

M. Pasor Hubert, rue des Potiers, Moulins, par MM. François Mitton, Adrien Mitton, Génermont.

M. Morano Paul, notaire, rue Candie, Moulins, par MM. le doc- teur de Brinon, Génermont, chanoine Clément.

— Sont admis en qualité de membres titulaires :

MM. A. Lemexueuneux, Maurice Onsez et Victor Loucxon.

— L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 21 h. 1/2.

E. Cape.

SÉANCE DU 1 FÉVRIER 1926

Présence De M. LE D' De BRINON

— Etaient présents : M"* Monceau, Prieur ; MM. Baury, Burior -Dansies, chanoine CLÉMENT, abbé Dumoxr, GaurTiEr, GÉDE+, Gévenvovr, Laurevr. Louexox, Mucexr, D' Moxceau, D'Oro De MaRCHOVELETTE, PavaiLcon, lieutenant-colonel DE Saint Hier,

Tiens@xiErR, dE VERRIÈRES, VIPLE.

PROCÈS-VERBAUX 5

— Excusés : MM. G. Bauer, TuotER DE La Busserie.

— Le procès-verbal de la séance précédente est lu et approuvé.

— M. 1e PRrésinexr souhaite la bienvenue à M. Lougnon, qui assiste, pour la première fois, à nos réunions ; puis il salue la mé- moire de M. Delaigue, dont la mort récente ajoute un nouveau deuil à notre Société

Nombreux étaient ceux d'entre nous qui ont tenu, le 20 janvier, à conduire notre ancien président à sa dernière demeure.

La Société envoie à M”° Delaigue ses condoléances.

— Lettres : de M. Louaxox et de M. Rovwssar, curé de Jenzat, remerciant de leur admission ; — de la société du Borda, à Dax, qui célébrera, en juillet 1926, le cinquantenaire de sa fondation et convie les délégués des Sociétés savantes ; — de M. J. Bauny, signalant que le procès-verbal de la réunion du 5 octobre 1925 ne le porte pas comme présent, alors qu'il y assistait ; — de la bibliothèque pu- blique et universitaire de la ville de Genève, accusant réception du Bullelin. |

Notre confrère, M. DE LA Barre, adresse à la Société une carte postale représentant le château de la Prée, commune de Chantenay (Nièvre), où les excursionnistes de 1925 ont reçu un aimable et sÿm- pathique accueil.

Note de la Préfecture demandant de lui faire. parvenir en triple exemplaire le rapport annuel et les comptes de l'association pour l'exercice 1925.

— M. le Présinexr informe la Société qu'il a reçu une nouvelle de- mande d'acquisition des deux fauteuils de la Bibliothèque. Ces fau- teuils sont signés : SENNE LEPERE. On ignore le nom du donateur et les conditions de la donation. Les membres présents, consultés à nou- veau, se prononcent en majorilé pour le rejet de cette proposition.

— M. le Président lit la note suivante :

« Au Congrès de l'Association bourguignonne, qui s'est tenu à Mâcon, le 27 juin 1923, j'avais posé la question du trajet de la voie d'Autun à Decize par Toulon-sur-Arroux, Pocrinium et Sitiléa. J'avais demandé à nos collègues de Saûne-et Loire de nous aider à résoudre la question du passage de la Loire par cetle voie. J'avais insisté sur le fait résolu pour nous de l'identification des Aqu:r Bor- monis avec Bourbon-Lancy. Le compte rendu, fait un peu hâtive-

6 SocIiÉTÉ D'EMULATION DU BOURBONNAIS

ment, a rétabli dans le résumé l’ancienne identification avec Bour- bon-l’Archambault que j'avais tenu, au contraire, à éliminer. Cette note a pour but de rectifier ce petit point du cornpte rendu, que nos

confrères trouveront à la page 343 du XXIIL vol., 3° série, des Annales de l'Académie de Mâcon. »

— M. le D' pe Brion attire l'attention des sociétaires sur les articles suivants, notés dans diverses revues :

Les établissements de l'ordre de Cluny, à la fin du Moyen-Age, par Dom A. WiLmanT : |

Souvigny. in cameraria Alvernie. Le nombre des moines doit être de quarante, suivant la définition de l’année 1337, et il se trouve en plusieurs lieux qu'ils furent cinquante aux temps passés ;

La liste À de Marrier (Bibliotheca Cluniacensis domus XL — 4o moines ;

La liste B donne XLVIIT et ajoute : nec debent esse nisi XL ut nobis retulit prior : 1244 —L — 1309-1318 XLVITT (de quibus sunt XXXII sacerdotes) 1331. Est completus numerus monachorum. 1353.

(Académie de Macon, 1923, p. 344.)

— Lettre de notre collègue, M. B. CLémenr, directeur de l’école publique de Chantelle, du 15 janvier.

L'atelier de bracelets de schiste des Berthelots n'est pas, comme l'avait indiqué M. Bertrand, sur la commune de Bert, mais sur celle de Montcombroux.

M. Clément ne croit pas qu'il y ait eu d'atelier à Bert, mais les deux communes sont limitrophes, et on trouve des nodules sur Bert, notamment aux Mandins, près du puits d'extraction du charbon.

M. Thibier, instituteur aux Mines de Bert, a recueilli, près du puits des Mandins et près du hall des machines (Bert), une cinquan- taine de nodules. M. Clément, à qui 1ls ont été remis, en à remarqué deux qui sont très intéressants, puisque le travail de séparation du nodule a été interrompu par une cassure ou une cause fortuite, el un autre où ce travail semble le fait d'un apprenti.

Sur l'emplacement de l'atelier des Berthelots, M. Clément a re- cucilli, au mois d'août, une hache polie, qui paraît avoir servi de burin pour la taille des bracelets. Son extrémité coupante présente un bec de burin, et l'autre extrémité présente des traces nettes de

PRrocÈs-VERBAUX 7

percussion. Cette hache porte une série de signes gravés, qui rappellent ceux de Glozel.

Cette hache est d’un grès légèrement bleuté.

M. Clément a trouvé, sur le même emplacement de l'atelier des Berthelots, deux petits fragments de poterie de pâte très grossière. Le plus gros a un rebord intérieur comme à Glozel.

— M. Vire émet les vœux suivants :

1° Que dans la liste faisant connaître, chaque année, le nom de nos adhérents, la date de l’admission soit ajoutée ;

2° Que dans le Bulletin du printemps, un chèque postal soit joint pour effectuer sans peine et sans frais le recouvrement de la cotisa- tion.

Les souscriptions en faveur de la caisse des fouilles et de l'im- pression du catalogue seraient perçues de la même façon.

L'assemblée décide que ce mode de perception sera étudié par le bureau.

— M. GÉNERMONT présente quelques fragments de maçonnerie dé- couverts au cours de fouilles faites à Bourbon-l’Archambault pour les travaux d'agrandissement de l'hôtel des Thermes ; celui-ci, pro- priété de M. Barichard, est situé en face l'établissement thermal, à l'angle du parc et de l'avenue Nationale allant à la gare. Ces fouilles, exécutées par les ouvriers de M. Desphelippon, entrepreneur, ont mis à jour, à 2 mètres environ au-dessous du sol actuel, des parties de carrelage et des fragments de revêlements muraux, sur lesquels sont encore visibles des traces de peintures (filets bruns, feuillages verts...). Enfin la tranchée a découvert une portion de caniveau, en pierre de grès, mesurant 0".40 de hauteur par 0",65 de largeur, dans lequel est creusé un conduit de section trapézoïdale mesurant 0.15 de hauteur à la partie basse et 0",25 en haut; ce caniveau se pro- longe au-delà de la fouille exécutée pour les besoins du chantier ; sa direction S. O.-N. E. est sensiblement celle d'une ligne reliant la source Jonas aux sources de l'ancien établissement.

Notre confrère signale également la découverte faile à Souvigny d'une « première pierre » de la porte occidentale du Prieuré. La gelée ayant dernièrement fait éclater le joint séparant deux assises du pilier Sud de ce portail, à hauteur du socle, les entrepreneurs des Monuments historiques, MM. Mazuel et Dagois, apercurent, à quel-

8 SoctÉTÉ D'EMULATION pu BotTrBONNAIS

ques centimètres des parements de l'arête, une pierre taillée, de nature différente de celle des assises en grès. M. de Charette, prési- dent de la société civile propriétaire, consulté, voulut bien autoriser le dégagement d'une assise, ce qui permit de mettre à jour une dalle mesurant 0",055 d'épaisseur, 0",615 de largeur, 0",52 de hauteur, aux quatre angles abattus, percée de quatre trous de scellement inutilisés (ce qui laisserait supposer que cette pierre avait été destinée à être scellée verticalement, alors qu'on l’a trouvée à plat, entourée de tous côtés par la maçonnerie, mais posée à sec). De plus les très beaux motifs décoratifs qui l'ornent semblent justifier cette opinion, etil eût été regrettable que ce beau spécimen de la sculpture du xvin* siècle restât à tout jamais enfoui dans cette pile de pierre.

La composition du dessin est fort jolie : dans la partie haute, au centre, une croix en relief, surmontée d’un ruban et d’un motif de guirlandes, d'une ligne et d'une exécution parfaites, qui vont se terminer à droite et à gauche, en encadrant deux ovales, celui de gauche portant, dans un losange, les armes de M”° de Sainte- Hermine, abbesse de Saint-Menoux, celui de droite celles du prieuré de Souvigny. Au pied de la croix, dans deux logements de 0",035 de diamètre que l'on a trouvés bouchés par des tampons de plâtre, reposaient des reliques : débris d'os et fragments d'étoffes,

Dans le bas, dans un troisième ovale, également encadré de rubans et de feuillages, la représentation de l’Agneau pascal se détachant sur fond rouge. ([l reste encore des traces de polychromie sur les trois écussons. )

L'inscription, en lettres gravées, porte :

CETTE PIERRE A ETE POSE LE 18 MAY

PAR M“ ANDRE DE SAINT HERMINE ABBE‘*

DE S' MENOUX ET PAR“ IOPH BONAVEN'“*

PETIT-IEAN PRIEUR CLAUSTRAL DU PRIEUR!' DE SOUVIGNY

17 78 M UORLLE. AR.

Il est à souhaiter que ce curieux témoignage d’une date intéres- sant les campagnes de constructions des bâtiments du Prieuré, püt être conservé à Souvigny, à l'église ou au musée lapidaire en voie de constitution La personnalité des propriétaires nous le laisse espérer.

ProcÈs-VERBAUXx 9

ant

— M.le chanoine CLémenr entretient d'abord la Société de deux ouvrages reçus : l'un qui a été offert par son auteur à M. le Président pour notre bibliothèque est relatif à trois séjours en Bourbonnais de Mme de Sévigné ; l’autre est un hommage de la Société Française d'Archéolozie et renferme le compte rendu des séances du congrès tenues par la docte Compagnie en Auvergne, en 1924. Dans le pre- mier. l’auteur, M. Genès Pradel, — un professeur distingué du Lycée de Montluçon, — a recherché dans les nombreuses lettres de la mar- quise de Sévigné les passages se rapportant à ses deux séjours aux eaux de Vichy et à celui qu'elle fit à Bourbon-l'Archambault. Ï1 les analyse avec une très élégante et très sagace érudition qui double pour les lecteurs le plaisir de la lecture de la correspondance de M®° de Sévigné. Après avoir dit le puissant intérêt de cet ouvrage, qui réunit les conférences le M. Pradel aux Amis de Montluçon, etquiest publié à l'occasion du tricentenaire de la spirituelle marquise, notre confrère se félicite . de voir la bibliographie de ce volume confiée à M. Viple. et ajoute seulement que son auteur est le père de M. Pierre Pradel, le jeune et érudit chartiste dont il nous a fait connaître déjà les études sur la Collégiale de Saint-Nicolas de Montluçon, thèse qui valut le diplôme d'archiviste-paléographe à M. Pradel, qui est pré- senté à notre Société comme membre titulaire.

Le volume consacré par la Société Française d'Archéologie au congrès tenu à Clermont-Ferrand en 1924 continue dignement la tradition des belles publications de la savante Compagnie. Préparé par le regretté directeur M. Eugène Lefèvre-Pontalis, abondamment illustré par des photographies prises par lui dans le dernier voyage qu'il fiten Auvergne peu de mois avant sa mort, ce volume résume le congrès présidé par son successeur, M. Marcel Aubert. Plusieurs d'entre nous yÿ ont pris part. Il a été très brillant. Les études rédigées par MM. M. Aubert, Deshoulières, du Ranquet, Louis Bréhier, le M'° de Fayolle, André Rhein, le capitaine du Halgoët et Ojardias, nous font connaître, avec photographies, dessins, etc., les monuments principaux de Clermont, ceux d'Issoire, de Vic- le-Comte, de Billom, de Manglieu, d'Ennezat, d'Aigueperse, de Montferrand, du Château de Murol. Besse-en-Chandesse, Saint- Nectaire, Thiers, Ravel, Moissat-Bas, Chamalières, Royat, Orcival, Saint-Saturnin..…., enfin les œuvres d'orfévrerie de l'Auvergne. C'est un indispensable guide archéologique que toute bibliothèque bour-

10 SocréTÉé D’EmuLATIoN Du BoURBONNAIS

bonnaise doit posséder avec le beau volume de la même Société consacré en 1913 à notre département et aux arrondissements VOISIns.

Le chanoine Clément nous parle ensuite de l'inscription encastrée à l'intérieur de l'église prieurale de Souvigny, dans la cinquième travée du mur Sud. Il s'agit de l'épitaphe (1) de Jean Sirot, qui fut conseiller et trésorier général du duc Charles I‘, receveur des aides « pour le roy », qui décéda à Souvigny le 12 décembre 1458 et fut enterré dans la vaste église, au pied de l'autel aujourd’hui dédié à Notre-Dame de Lourdes.

Notre confrère nous fait connaître quelques particularités de celte dalle en pierre d’Apremont, haute de 0",45 et large de 0°,35 à l'intérieur de son cadre de pierre, qui mesure 48 millimètres. Les lettres minuscules gothiques de l'inscription ont 35 millimètres de hauteur. Elles sont fort maigres, et d'une sculpture très inégale. Les lettres doubles abondent ; le C majuscule qui commence le texte sert aux deux premières lignes :

Ny :gist: Jehan. Sirot. jadis onseillier (sic) et trésorier.

La fin des lignes, quand elles ne vont pas jusqu’au cadre, est garnie de fort Jolis et délicats rinceaux, qu'on serait tenté d'attribuer au * xvi* siècle si la date de : « MiL. ccc. L. HUIT » ne prouvait pas que dès le milieu du xv° siècle, nos sculpteurs bourbonnais connaissaient les élégantes fioritures qui firent la gloire des renaissants.

Notre confrère signale encore, à Souvigny, un magnifique ouvrage in-folio sur parchemin, qui vient d'être offert par un généreux dona- teur à M. le curé doyen, pour le musée que celui-ci se propose d'établir à côté de l'église.

Il s'agit d'un volumineux livre d'office renfermant, sans notation, les introïts du missel et les antiennes du graduel. Il renferme, entre les deux ais de bois de sa reliure (qui a conservé de très cu- rieux ferrements), 120 feuillets d'épais parchemin de 0",57 de hau- teur sur 0,"39 de largeur. De très belles capitales gothiques rouges ornées à l'intérieur de rinceaux un peu trop uniformes remplissent ces pages. Malheureusement les deux premiers feuillets manquent,

(1) Elle a été signalée déjà par M. Dénier, dans la séance du 6 mars 1911, et son texte publié dans le numéro de mars de la même année, page 69.

PRocÈs-VERBAUX 11

ainsi que la fin de l'ouvrage. A la fin d'une table (indice), ajoutée par * une autre main, on apprend, en espagnol. qu'elle a été rédigée en 1791 par ordre du Père Jérôme Rodriguez. prédicateur général et gar-: dien de San Pablo de la Brëna, « de l'ordre de notre Père François », et que ce travail a été exécuté par le « frère François Sanchez ». Ce superbe monument est attribué par notre confrère à la liturgie mozarabe du xv* siècle.

M. le chanoine Clément nous fait connaître ensuite la découverte, à Néris, d'un établissement qui intéresse au plus haut point l'his- toire religieuse de notre pays au vi‘ siècle. Un de ses bons élèves, devenu notre confrère, M. l'abbé Albert Lhote, vicaire de Néris, qui nous a teuus siaimablement l'an passé au courant des découvertes des restes de monuments romains dans le bas Néris, faisait part le mois dernier, à notre confrère, de la construction, dans le haut du parc des Rivalles, sur le chemin de Durdat, et voisinant avec l'ancienne voie romaine, d’une maison d'habitation pour laquelle le travail de fondation a amené à la surface plusieurs sépultures renfermant, sans cercueils, des squelettes entiers et de petits vases en terre blanche. Le lieu s'appelle encore la Chapelle et la tradition le considère comme ayant été occupé jadis par uu établissement religieux. Les petits vases, séculairement employés comme ineubles des sépultures, renfermaient sans doute les uns de l'eau bénite, les autres des par- fums qui brülaient lors de la cérémonie d'ensevelissement. Il semble à notre confrère qu'on se trouve véritablement en présence ‘du pre- mier établissement religieux fondé par saint Patrocle dans la région, au milieu du vi‘ siècle. En effet, Grégoire de Tours, parlant du pieux solitaire dans ses Vitæ Patrum (c. 1x, K 21 nous apprend qu'une fois ordonné prêtre à Bourges, Patrocle vint à Néris (Vicus Nereensis., y établit une chapelle consacrée par des reliques de saint Martin, et y lint une sorte d'école à l'usage des enfants. Puis. pour continuer son œuvre, 1l fonda un petit couvent de religieuses près de la cellule qu'il s'était fait construire et abandonna bientôt le Vicus pour aller vivre dans une plus profonde solitude, à Mediocantus — qu'on a iden- lifié avec une terre de la paroisse de La Celle, — et enfin construisit le monastère de Colombier, à peu de distance de sa cellule, où il mourut et où ses funérailles furent signalées par l'audacieuse inter- vention de l'archiprêtre du Virus Nereensis. qui, à la tête d'une troupe de clercs, tenta en vain d'enlever le corps du bienheureux

12 SoctrérTé D'EmuLaTionN pu BourBOoNNaAIS

confesseur (1). Il serait très intéressant de pouvoir scientifiquement, identifier le texte de Grégoire de Tours et la tradition constante des Nérisiens avec les dernières découvertes des Rivalles, qui parais- sent fixer le lieu où s'élevait l'oratoire et la cellule des religieuses laissées par saint Patrocle quand il quitta Néris pour La Celle et Colombier. Mais, ajoute notre confrère, nous sommes réduits à de simples probabilités par l'absence de la preuve capitale qu'aurait dù fournir l'examen des squelettes découverts. Il est évident que si des hommes de l'art — et les médecins ne manquent pas à Néris — avaient pu déclarer que les ossements découverts n'appartenaient qu'à des femmes, le problème eût été de ce fait solutionné ; malheu- reusement les squelettes ont été dispersés, et on nous écrit qu'il ne reste d'eux que des morceaux de crânes, ce qu'on peut regarder comme insuffisant pour trancher la question de la nature de l'établissement qui occupait la partie du parc des Rivalles où se construit la nouvelle maison. Îl ne nous reste donc qu'à espérer que, mieux avertis de l'intérêt qui s'attache aux découvertes qui viennent d'être faites à cet endroit, on fouillera avec plus de méthode si on doit soit bâtir une autre maison dans le voisinage de la première, soit retourner la terre du jardin, afin d'arriver à une attribution certaine de l’emplace- ment où saint Patrocle établit au vi‘ siècle son petit monastère de religieuses.

Notre confrère termine ses communications par le bref exposé d'une discussion récente relative au précieux tableau de l'église d’Autry, dont il nous avait parlé lors de l’excursion de notre Société dans la région de Souvigny, en 1909 (voir le Bulletin de cette année), et qu'il eut la joie de sauver d'une destruction complète en obtenant du ministère des Beaux-Arts une restauration merveilleuse (2). On se rappelle que cette belle œuvre offre l’image de la descente de

(4) Cf. Auguste LONGNON: Géographie de la Gaule au VIe siècle (Paris, Hachette, 1878, p. 470-1), qui, parlant de l’orataire fondé par saint Patracle à Néris. écrit : « L'oratoire ne paraît pas avair subsisté jusque dans ces der- niers siècles : le pouillé du diocèse de Bourges, de 1772, ne connait à Néris qu'une église dédiée à saint Georges. »

(2, En effet. en 1917. la direction des Monuments historiques fit les frais de confier à M. Bri-son. rentuileur des Musées nationaux, le soin de faire passer sur toile ce primitif peint sur cinq panneaux de bois en mauvais état et sur lesquels il était peint sur une solide toile qui le conservera longtemps encore.

PRoOcCÈs-V ERBAUX 13

croix ou Piela,. entourée de donateurs et de leurs patrons. Notre confrère n'était pas parvenu à identifier les personnages qui ÿ étaient représentés.

Or le 18 janvier, le chanoine Clément recevait du lientenant-colo- nel de Saint Hillier une lettre très amicale lui annonçant qu'il croyait pouvoir identifier les donateurs du tableau. Il voyait, à droite (du tableau) : Jean de Murat. sa femme, Catherine de la Condemine, et leur fille Jeanne de Murat ; à gauche : Archembaud de Murat et sa femme Jacqueline d'Antenay et leurs quatre enfants, dont « deux fils et deux filles ». Le chanoine Clément déclare ne pou- voir accepter cette identification. Il dit d'abord qu'une ques- tion préjudiciable s'impose et reste encore sans solution. Ce beau tableau est-il d’un peintre français. commandé par la famille Murat pour l’église d'Autry qui l'abrite aujourd'hui ? On n'est pas fixé sur ces points ; le doute subsiste. Notre confrère l'attribuerait plus volontiers à l'école flamande : il trouve dans le paysage des édifices qui semblent appartenir à l'école des frères Van Eyk ou à celle des Bouts, et à l'appui de cette thèse il fait passer sous les yeux des membres présents, les principales œuvres de ces maitres. Sur ce point il se propose de consulter un maitre de la critique d'art flamand, M. Fierens-Gevaert. Le tableau aurait très bien pu être offert à l’église d'Autry par une famille riche de la paroisse, comme l'a été, à l'église de Vieure, le beau tableau peint par le flamand Colin de Coster, acheté dans les Flandres par un seigneur de la famille de Croix, comme l'a prouvé M. le comte Riant

Quant aux personnages, il faut voir à droite, parmi les patrons, un saint Jean l'Evangéliste, un saint Jean-Baptiste el une sainte Cathe- rine ; à gauche, un saint Jérôme, caractérisé par son costume de car- dinal et la présence d'un lion et une sainte Marthe portant le traditionnel bénitier et le goupillon. Il est malaisé de retrouver parmi les mem- bres des Murat des personnages qui répondent à ces désignations. Pour ÿ parvenir, M. de Saint Hillier n'hésite pas à indiquer comme protégés de saint Jérôme et de sainte Marthe, Archembauld de Murat et sa femme Jacqueline d'Antenav... En laissant de côté la question des enfants, qui reste sujet à discussion, notre confrère déclare ne pouvoir accepter l'identificalion proposée pour leurs parents, en se basant sur denx difficultés : les noms et surtout les costumes. Pour les noms, tout en reconnaissant que certains bienfaiteurs ont pu

14 Soci1ÉTÉ D'EMULATION Du BOURBONNAIS

être « présentés » par d'autres saints que leurs vrais patrons, ce qui s'explique d'ordinaire par une dévotion envers certains saints plus spéciale que pour leur propre patron, il faudrait donner une raison du choix de saint Jérôme et de sainte Marthe à la place d'un saint Erconwald, saint évêque de Londres. mort au vu® siècle (1), qui a été le patron des nombreux Archembaud du Moyen-Age 2), et de saint Jacques (3), si honoré jusqu'au xvi* siècle. Mais le chanoine Clément s'appuie surtout sur le costume des personnages du tableau pour repousser l'identification proposte avec des personnages qui vécurent dans ce dernier tiers du xvi* siècle

Les deux femmes de drojte et celle de gauche, après minitieux examen et contrôle avec les documents publiés par Viollet-le-Duc, Enlart, Quicherat, Racinet, elc., portent des corsages et des coiffu- res qui les placent dans la période qui va du règne de Louis XI à celui de Louis XII, donc au plus tard en 1515 (4). A partir de François [‘", le costume change si totalement, qu'il ne peut convenir à des personnages qui vécurent dans la seconde moitié et à la fin du xvi* siècle. — M. le. lieutenant-colonel de Saint Hillier le reconnaît, mais pense que ces personnages auraient pu peut-être vouloir se vieillir en portant un costume plus ancien.. Cette suggestion paraît bien peu probable à ses auditeurs...

— M. Burior-Dansires signale divers articles pouvant intéresser le Bourbonnais. — Extrait des Souvenirs d'un vieux Romain, par Pierre de Nolhac, Paris. H. Floury, 1922. (Volume tiré à 500 ex }).

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La légende du Connétable. Porla Cavalleyyeri. La tiare aux deux clefs fait un nid aux lézards Sur la porte oubliée et que la mousse gagne,

Là même où le boulet termina la campagne Du. Bourbon violant la ville des Césars.

(4) Cf. Acta SS. Bolland. (1675), apr. 111. 780-1 (3a, 789-9%0), etc... cités par Ulysse Chevalier : Rép. des Sources hist., biobibliographie, Col. 652.

(2) Archambaud, Archibald, Erconvaldus (Cf. l. CAHIER, Caract. des SS.,

. 804).

: (3) Les a Bollandistes » citent plus de trente-six suints ou bienheureux de ce nom, et en particulier six saints illustres et bien connus, sans parler des deux apôtres dont le culte était si populaire au Moyen-Age.

(4) On retrouve les détails de ce costume chez Anne de Bretagne en 1491. Quicherat. dans son Histoire du costume en France, donne, page 338, deux dames du règne de Louis XII qui portent exactement le même corsage et la même coiffure que les femmes du tableau qui nous occupe.

PrRocÈs-VERBAUX 15

Les reliques des saints et le trésor des arts Etant la proie offerte aux païens d'Allemagne, Jamais traitrise ayant cruauté pour compagne Ne mena fils de France en plus louches hazards.

Parmi les cris têtus de ces brüleurs d'églises, Son orgueil préparait au monde des surprises : Et méditait l'horreur d'un crime sans égal.

Puisque, se reniant chrétien et gentilhomme, Le prince de Satan rêva d'entrer dans Rome, La torche d’Alarie à son poing féodal,

Dans l'édition définitive des Poèmes de France et d'Italie récem- ment parue (Paris, Garnier, 1925), ce sonnet, qui se trouve à la paye 62, présente les variantes suivantes :

Le sous-titre est supprimé. 3° el 4° vers :

Là même où le Bourbon eut la mort pour compagne Lorsqu'il posa le pied sur le seuil des Césars.

2e quatrain :

De ses rudes routiers partageant les hasards. Il s'était acharné dans sa triste campagne

Et donnait à piller aux païens d'Allemassne Les reliques des saints et le trésor des arts.

Le 10° vers se termine par : el le suivant commence par //'au lieu

de Et. 13° vers :

Ce fils de saint Louis, au lieu de Le prinre de Satan.

— M. Max Fuchs. le banvilliste bien connu, publie. dans le numéro de janvier-mars 1926 de la Revue de litiérature comparée, une assez longue note, intitulée : Banville inspiré par Shelley, d'où il résulte que le poème du Cher Fantôme qui, dit M. Fuchs, « fait tache » dans « le beau recueil des Erilés ». dont il est « assurément la pièce la plus faible », n'est qu’ « un exercice d'iniliative », une « étude » d'après l'œuvre d'un devancier, et non pas l'expression des sentiments personnels du poële, et peut, à ce litre, être Jugé « avec un peu plus d'indulgence ». Dans ce poème, Banville aurait transposé « à sa manière, picturale et flamboÿante », le début de la Reine Mab de

16 Société Dp'EmuLaTion pu BouRrBoNNats

l'anglais Shelley, sur lequel son attention avait dû être attirée par un article de L. Etienne, paru dans la Rerue Européenne du 1‘'avril 1860 (c'est dans cette revue, qui avait déjà donné, le 15 mars, Le laurier de la Turbie, que devait paraître, le 31 août de la même année, le poème qui nous occupe, celui du Cher Fantôme). et peut-être auparavant déjà par une élude des Forgues, dans la Revue des Deux-Mondes du 15 janvier 1848, étude qui « dut contribuer à ren- forcer « chez Banville » la conception du rôle messianique de la poésie ».

M. Fuchs croit retrouver encore quelques réminiscences, quel- ques transpositions de Shelley dans Socrale el sa femme, dans les sonnets La blanchisseuse, Le mendiant, Le pompier, etc. Maisil a soin de faire observer que l'esprit de Banville est bien différent de celui du « grand révolté » Shelley, et que, s'il est vraisemblable qu'il a subi son influence, ce n'est que « dans la mesure où deux tempéra- ments si éloignés l'un de l'autre pouvaient se rencontrer et agir l’un sur l'autre ».

— M. Buriot-Darsiles signale encore un article paru dans les Nou- velles Lilléraires du 26 décembre 1925, signé Charensol, et consacré à M. Herbert Wild, pseudonyme sous lequel se cache modestement un écrivain de talent qui, s’il n'est pas Bourbonnais de naissance, est du moins Moulinois. Homme de science. M. Herbert Wild était resté longtemps sans songer à faire œuvre littéraire. Mais, ayant couru le monde quelque vingt années, de l'Amérique à la Chine, il a eu l'idée d'utiliser, pour des romans et des nouvelles, ses souvenirs et son énorme documentation. C'est ainsi qu'il a écrit Le conquérant, roman qui, paru d'abord en 1924 sous une firme assez obscure, a eu l'heureuse — el méritée — fortune d'être repris, peu après, par un grand éditeur ct a été très bien accueilli par la presse et le public. |

— Puis, s'adressant à ceux de ses confrères présents qui seraient tentés de faire, eux aussi, de la littérature, M. Buriot-Darsiles les met humoristiquement en garde contre certaines critiques qui, si belle que soit la dédicace, s'empressent de « laver », sans les lire, les volumes qu'on leur envoie.

— M. 0e Vennières donne lecture des extraits que voici :

« Prophélies de Théodore Moult, « grand astronome et philosophe »,

ProcÈs-VERBAUX 17

pour l'année 1926. — En cette année le printemps sera venteux, froid et mal profitable à plusieurs choses.

« L'été sera propre à tous biens et sera assez chaud.

« L'automne sera humide jusqu'au milieu et le reste sera assez beau.

u L'hiver sera long et supportable.

« Le bled sera cher et bien requis au commencement de l'année qui entre à la mi-mars.

« Les vendanges seront bonnes en peu de pays et il sera bon she des vins qui puissent se garder longtemps, et ceux qui en achèteront et garderont feront bien leur profit.

« Les grains eurichiront bien ceux qui pourront en qe l'année suivante.

« Prédictions pa ticulières. — La Paix entre les Princes chrétiens : Heureux combat; Naissance d’un Prince cher à la Patrie ; Traité d'alliance.

« [l'est dit dans cette prophétie que « l'année entre à la mi-mars », car en cette année 1560, époque à laquelle parurent ces prophéties, le premier jour de l'année se trouvait être le Samedi-Saint.

u Le premier jour de l’année a souvent varié.

u Romulus fixa le commencement de l’année au 1°" mars ; Numa et Cœsar au 1°° janvier. |

« Sous Charlemagne l’année débuta le 1°" mars.

a L'Eglise, au xn° siècle, obtint que le 1° de l'an fût fixé au Samedi-Saint, ce qui amenait des variations dans le nombre des jours compris entre deux Pâques consécutives.

« Charles IX, en 1564, rétablit le commencement de l'année au 1°" janvier.

« Le gouvernement républicain, en 1792, décréta que l’année com- mencerait le Jour où le soleil franchitle point équinoxial d'automne, et fixa le 1°" de l'an au 22 septembre, qui devint le 1°" vendémiaire de l’an [. La date du 1‘ janvier fut rétablie en 1806. »

— M. Tiensoxxer, sous le titre : Bourbonnais et Canada, lit des notes relatives à des émigrants passés de aotre province en Nouvelle- France ou y ayant servi. Il rappelle d’abord ceux qu'il a précédem- ment signalés : Jean-Baptiste Migeon de Bransat ; Antoine Girouard ; Roland Barrin de La Gallissonnière, lieutenant général des armées navales du roi, d'une famille originaire du Bourbonnais ; Antoine de La Loëre des Ursins, d'une famille d'origine bourbonnaise. 11 ajoute des renseignements nouveaux, relatifs à Mayeul-Pierre de May,

2

18 SOCIÉTÉ D'EMULATION Du BoURBONNAIS

eee

Pierre-Charles Vauvrille de Blasson, Roger de Bonneau de la Varenne, capitaine au régiment de Carignan, Jean Mérault et Nicolas Guillaud. M. Tiersonnier donne ensuite lecture du conte de L'äne retrouvé, dont la scène est placée en Bourbonnais par le conteur, un noble bourguignon, messire Michault de Changy. Cette nouvelle est la =9° du recueil connu sous le nom des Cent Nouvelles, dont s'égayait le futur Louis XI, alors que, brouillé avec son père, il recevait au château de Genappes, de la part du duc de Bourgogne, Philippe-le- Bon, une fastueuse hospitalité. | — M. lelieutenant-colonel pe Saint Hizcier, qui s'est procuré, grâce aux indications de l'Ecole Française d'Athènes, le revers du disque de Phaestos, en a reconstitué le texte. Sur cette face, l’inscrip- tion est en langage hellénique. Le sens concorde avec celui de l'avers. — M. le D' Monceau metsousles yeux de l'assistance une plaque de marbre. trouvée à Yzeure et provenant de l'ancien couvent des Bénédictines, transformé un certain temps en dépôt de mendicité :

« À LA POSTÉRITÉ !

Ce Monument élevé sur les débris de l’Abhaye des Benedictines est

destiné à servir de retraite à cinq cents mendians. Il fut commencé le 40 septembre 1813.

Les travaux ont été suspendus

(Ici deux lignes grattées.)

Le 2 avril 18144, l'Amour des Français avoit rappelé sur le trône de ses Pères, Louis XVIII surnommé Louis-le-Desiré. Ce monarque chéri fut rendu une seconde fois à son peuple le 8 juillet 1815.

Successeur de Saint-Louis héritier de ses vertus, compatir au mal- heur fut sa première jouissance.

Le 8 novenibre 1815, Sa Majesté ordonna la continuation de ce monument, le zèle ardent de M. le comte de la Vieuville, préfet du Département active les travaux ; ils doivent être terminés en 1817.

Ce Monument s'exécute d'après les plans, sous la conduite et l'inspection générale de M. Thomas de f‘roideau architecte du Gouvernement, M. Gungant inspecteur particulier, messieurs Nollet, Passant, Merier, Granoli, entrepreneurs. »

— M. Vire donne lecture de l'historique des fouilles de Glozct. Ce travail avait été jugé indispensable pour établir nettement le rôle des participanis aux fouilles. Le travail de M. Viple établit une base définitive.

— Dons à la bibliothèque :

De M. Georges Bauer. administrateur en chef des colonies : L'Inventaire scientifique et économique du Moyen-Niart (publication

ProcÈs-VERBAUX 19

du Comité de l'Afrique française). Brochure in-8° de 110 pages et une carte avec dédicace du Niari-Kouilou et 5 planches.

Le Canevas astronomique du Moyen-Congo, extrait des comptes rendus el communications de l’Académie des sciences coloniales, dont M Bruel est correspondant. Tome ÎT, pages 179-185.

De M. Genès Pranez, professeur au Lycée de Montluçon: un exemplaire de son livre sur M"° de Sévigné en Bourbonnais.

Vichy féodalet maison noble de Vichy, par M. l'abbé Michel Pevvor, membre de la Société d'Emulation du Bourbonnais et de la Société des Sciences de la Creuse, préface de M. Antonin Mallat, in-8° bro- ché. de 186 pages, avec une planche représentant la tour-vigie du château de Vichy (Moulins, imprimerie Crépin-Leblond, 1926). Hommage autographe de l'auteur.

De M. Fischbacher, éditeur, 33, rue de Seine, Paris, un exem- plaire de l'ouvrage : J.-B. Faure (1850-1914;, par Ilenri de Curzon.

La Socitté d'Emulation reconnaissante remercie les généreux donateurs.

— Les communications Ctant terminées, l'assistance est conviée à se prononcer sur la question de l'excursion prochaine.

M. le chanoine GrÉMEvT propose l'ilinéraire dont le but serait Villefranche. Montcenoux, Murat et Chappes comme points princi- paux. Celle excursion. dont les modalités seront étudiées en détail ullérieurement, est mise aux voix et adoptée.

— Sont présentés à l'admission :

Mie EvrarD, agrégée d'histoire au lycée de jeunes filles, présentée par le D: Monceau, le chanoine Clément et M"° Monceau.

M. Benceros DE Cuanno (Olivier), boulevard de Courtais, 24, Montluçon, présenté par le chanoine Clément, Louis Montagne, Mie Thonier-la-Rochelle.

M. Paul Devarx, tailleur d'images, à Bellerive (Allier), présenté par MM. Lucien Chambron, François Treyve, Marcel Génermont.

M. Boresu Léon), ingénieur aux Forges de Châtillon-Com. mentry,rue de la Rochefoucault, 19, Paris, présenté par MM. Buriot- Darsiles. Viple, GénermonL.

— Sont admis en qualité de membres titulaires :

MM. Pravoez, Jean Dont, Hubert Puor, Paul Monap.

—- L'ordre du jour élant épuisé, la séance est levée à 22h. 1/2.

E. Capri.

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NOTE

SUR LES

FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES DE GLOZET

Commune de Ferrières-sur-Sichon

Diverses revues, et même quelques journaux d’information, ayant fait un certain bruil au sujet des découvertes de Glozet, commune de Ferrières-sur-Sichon, 1l parait indispensable de mettre au point la genèse des fouilles qui les ont amenées, et de préciser exacte- ment les problèmes intéressants qu'elles posent. |

Au début de 1924, M. l'Inspecteur d’Académie invita tous les insbluteurs et mslulutrices du département à lui faire connaître les richesses archéologiques de leur commune. Les réponses furent nombreuses, Le dossier de cette enquête fut communiqué à M. le docteur de Brinon, président de la Société d’Emulation, puis à moi- même en qualité de président de la Société Bourbonnaise des Etudes locales. Nous fümes frappés l’un et l’autre par le rapport de Me Picandet, institutrice à Ferrières-sur-Sichon, qui signalait la découverte toute récente d'une sépulture, selon elle, près du village de Glozet, au lieu dit « Les Duranthons ». Le 1% mars, M. Fradin et son fils labouraient un champ leur appartenant, situé au fond d'un vallon, à proximité d'une petite rivière, « La Vareille », lors- que le soc de la charrue arracha une sorte de dalle rectangulaire d'une longueur de 0",90, et d’une largeur de 0,15, grossièrement faconnée, portant Fempreinte d'une main excessivement large.

NoTE SUR LES FOUILLES DE GLOZET 21

Avant cherché dans Île sol à cet endroit, ils découvrirent, à un mètre de profondeur, un dallage de briques semblables, posées deux à deux à plat sur le sol, sur une longueur de 2",50 environ.

À la demande de M. le docteur de Brinon, M. Clément, instituteur à La Guillermie, membre de la Société d’'Emulation, voulut bien se rendre sur les lieux, le 9 juillet 192%, pour procéder à un premier examen. Il recueillit un certain nombre d'échantillons, dont partie fut expédiée par ses soins à M. le docteur de Brinon. Au premier abord, lui aussi, 1l crut se trouver en présence d’une sépulture, ce qui explique l'appellation donnée à ces vestiges dans les premières commumicalions faites à la Société d'Emulation.

Je me rendis à mon tour au Glozet, dans les derniers jours de juillet 192%, en-compagnie de M Picandet, de M. Clément, et de M. Giron, photographe, Je fut très embarrassé sur la nature de la découverte, el je résolus de consulter Pun des maîtres de Ta science préhistorique, M. le docteur Capitan. Pour lui permettre de nrieux se rendre compte, Je fis prélever divers échantillons qui lui furent adressés de suite. Malheureusement, M, Capilan était absent lorsque le colis arriva à son domicile. Et celui-ci resla en souffrance Jjus- qu'en août 1925.

M. Clément visita cinq ou six fois les lieux dans la suite. Il déblava la construction et en explora les abords. Sous sa direction, M. Fradin fils se hvrait également à des recherches, Les résultats de ces diverses investigations ont élé consignés dans un rapport très précis de M. Clément, du 20 mai 1925, dont un exemplaire a été transmis à M. le docteur Capitan et l’autre envoyé à la Société d'Emulation. Abandonnant la thèse primitive d’une sépulture, pour voir en réalité un four, M. Clément en fait la description suivante :

« Il est construit sur un sous-sol argileux, la chaleur à cuit les pirties immédiates (fond et côtés) et transformé la terre argileuse en une masse rouge d'environ 40 centimètres d'épaisseur, Le four forme une fosse dont les dimensions sont : longueur, 3 mètres ; Jar- geur à chaque extrémité : 0,39 : largeur au milieu : 0,95 : hau- teur : 0°,30 ; épaisseur des murs : 0,25, La sole était constituée par un üallage de 16 briques plates d’inégale grandeur, faites à la main assez grossièrement, Ces briques sont à lerre blanche réfrac- taire. Elles offraient la disposition suivante, les vides étant remplis par un mortier. (Dessin représentant le plan du dallaye.) \ux deux

22 SOCIÉTÉ D'EMULATION Du BOURBONNAIS

exlrémilés se trouvaient deux grosses pierres non façonnées et posées à plat. Les côtés élaient faits par deux murs construits en pierres du pavs, galets roulés de Ja rivière et briques à trous, trous faits intentionnellement avec le doigt pour donner probablement plus d'adhésion au morlier, donc plus de solidité au mur. Ces bri- ques sont, tantôt en argile cuite, tantôt en véritable grès et présen- lent des traces de vitrification. Elles ont toutes la mème forme, mais sont d’inéuale grandeur el n’ont pas le même nombre de trous (1, 4 ou 6). La plupart n’ont des trous que sur la face supérieure. Pierres et briques étaient réunies par un mortier ne présentant nulle trace de chaux et transformé par la chaleur en un grès très dur sur lequel sont visibles des traces de vitrification. Lors de la décou- verte, la voûte était effondrée. »

Divers objets ont été trouvés soit dans le four, soit aux environs immédiats du four. M. Clément en fait également une énumération minutieuse dans son mémoire.

« a) Dans le four : 1° Débris de vases en grès bleulté à pâte très fine, À noter les rebords intérieurs et l’épaisseur du fond (26 "/"). Le plus grand morceau figurant sur la photographie faisait partie d’un vase de 13 cm. de rayon.

2° Débris de tours de potiers en grès (même pâte que les vases). Ces tours servaient de support aux vases pendant leur cuisson (nom- breuses traces de vitrification). Les trous visibles sur le rebord extérieur ont élé faits à l’aide du doigt sur la pâte molle (la trace de l’ongle est visible). .

3° Débris de bois ayant subi l’action du feu.

4° Pierres, mortier, provenant probablement de la voûte.

b) Aux environs immédiats du four : 5° Brique cuite en terre rouge, portant de nombreuses inscriplüons (15 cm. 5x 13).

6° fragment de hache polie.

4° Hache triangulaire polie avec signe gravé, dimensions de SD EME Ep) AR:

8° [lache polie avec un Lau gravé, dimensions de 23 "/" x 41 77, Ces {rois objets sont en schiste ardoisier assez tendre,

9° Fragment de galet roulé avec signes gravés,

10° Cinq briques en terre ronge, non cuiles, avec empreinte de mains, Fa caractéristique, ces cinq empreintes sont celles de la

NoTE suR LES FouiILEs DE GLOZET 23

main droite. À signaler la forme particulière des mains, la longueur des doigts et surtout du pouce. »

Ce mémoire était accompagné de photographies et de dessins.

La dernière visite que M. Clément fit au Glozet fut le 4 juin 1925, pour y rencontrer M. le docteur Capitan qui, séjournant à Vichy, avait tenu à venir voir les lieux. Pour des raisons personnelles, qu'il est inutile de rappeler ici, 1l cessa brusquement de s'occuper de ces fouilles. |

Les investigations furent alors continuées par M. le docteur Mor- let, de Vichy, et M. Emile Fradin lui-même, qui, entre temps, s'était initié aux mystères de l'archéologie. En collaboration, ils en ont exposé les résultats dans une luxueuse brochure intitulée: € Une nouvelle station néolithique », qui n’est pas dans le commerce, mais dont les conclusions ont été publiées par la presse parisienne et par la presse locale (1).

Is auraient découvert, en plus : trois autres briques avec em- preinte de mains, toujours la main droite, ce qui ferait huit au total :

trois autres briques avec inscriptions, ainsi qu’une rondelle en terre cuite, portant également des signes ;

quelques outils en pierre ;

des fragments de céramique, poterie de lerre, poterie de grès, débris de lampes et de creusets ;

de nombreuses traces de verre.

Mais alors. sous leur plume, le problème prend une tout autre ampleur. Nous ne sommes plus en présence du modeste établisse- ment, bien primitif, d’un artisan inconnu venu se fixer au sein de la profonde forêt des Bois-Noirs, sur les bords de la Vareille. C’est le berceau de la civilisation égéenne qui aurait été découvert à Ferrières ; c’est une nouvelle étape de l'humanité préhistorique que marquerait le Glozet, Le mirage oriental a ouvert à l'imagination des chercheurs des horizons immenses.

I] serait peut-être osé, avec les quelques données posilives que nous avons, de les suivre dans cette magnifique supposition. Pour le moment, il ne s’agit que d’un four, sans jeu de mot, je m'empresse de le dire. M. le docteur Morlet est le seul qui veuille encore voir

(1) Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais, 1925, p. 3%6.

24 SoctÉTÉ D'EMULATION pu BourBOoNNAIS

_.—

là une sépulture, mais il n’a visité les lieux que près d’un an après les premières fouilles, et 1l ne soutiendrait certainement pas cette thèse s’il avait vu les constructions dans l’état où M. Clément les décrit.

Donc, incontestablement, four. Four à céramique ou four de ver- ricr ? Four de verrier certainement, Sur les parois, il y a de nom- breuses traces de vitrification provenant du mélange vitreux qui s’est écoulé des creusels : on a trouvé des débris de creusets portant également des traces de vitrification ; enfin, tout près du four, on a recueilli de nombreuses gouttelettes de verre.

De quelle époque serait cet établissement ? Il est bien difficile d'avancer une date, mais 1] ne saurait être antérieur à la période gauloise. Que le verre nous ait été apporté par les Phéniciens ou par les Romains, il est indiscutable qu'il n'existait pas dansl’Europe occidentale au néolithique. Le fait d’avoir trouvé quelques instru- ments de pierre ne suffit pas pour apporter une affirmation suscep- üible de révolutionner toute la science préhistorique. La présence de l'outillage en pierre, notamment dans nos régions montagneuses, jusque très tard dans l’époque historique, n'est contestée par per- sonne.

Les tessons de poteries recueillis autour du four présentent un caractère gallo-romain primitif.

Enfin, la circonstance que nous allons examiner plus loin de la découverte de briques portant des signes d'écriture est une preuve de plus d’une civilisation très évoluée et bien postérieure au néoli- thique.

Ce qui donne à cette découverte un intérêt exceptionnel, c’est la présence de briques portant des signes d'écriture. Je ne retiens pas les briques portant des empreintes grossières de mains, il est abso- lument impossible d'en déduire une explication sérieuse.

La prennère brique avec inscription aurait été trouvée par M. Enule Fradin, lors des premières fouilles, mais 1l n'avait pas prêté attention tout d’abord aux signes qu’elle portait et il l’avait placée dans le jardin attenant à sa maison, avec d’autres briques plates, C’esten janvier 192% seulement qu'il les remarqua ; il donna la brique à M. Clément, qui communiqua immédiatement un estam- page à la Société d'Emulation.

Trois autres briques portant également des signes furent décou-

Nore sur LES FouiLlLEs bE GLOZET 25

vertes dans la suite, D'autre part, des caractères identiques se re- trouvent sur sept instruments de pierre trouvés dans les fouilles.

Si l'on admet l'authenticité des briques et des pierres, celles-ci ‘sont indiseutablement contemporaines du four lui-même (1).

Que signifient ces signes ? TS semblent appartenir à un système graphique, ils constituent une véritable écriture Tinéaire. Mais de quelle écriture s'agit-il ? Les plus hautes compétences consultées n'ont pu jusqu'ici se prononcer. On a trouvé dans ces caractères des ressemblances à la fois avec l’étrusque, le phénicien, l’égéo- crétois, et l’épigraphie romaine de la basse époque. On a parlé d'écriture magique du 1° siècle.

Notre érudit collègue, M. le colonel de Saint Hillier, croit avoir

(1) La question de l'authenticité de ces briques comme contemporaines du four est encore fortement discutée dans les milieux savants. Il est regret-

table que les fouilles n'aient pas été faites avec toute la méthode scienti- fique.

26 Socréré p’EmuLaATiIonN pu BouRBoNNAIS

l'ouvé la traduction des inscriptions de trois briques. Il a bien voulu

me la communiquer, en même temps que l'alphabet reconstitué par lui. PrewaÈëre Briore E.DZ.AJ. PO ONE À. LOUOUBJI. OKRAM.Z.L.O. OU. ZA ES OU O0, fa). Ftay Fa). A(lif) T SOU.E. OÙ SOU. Primo) Que les neuf dorment A A.OUFF O0. DH OU.SOU. En paix, qu'ils passent AEM.L. Partout

Deux rouples de Phéniciens Cinq Lybhiens À moins qu'ils ne fassent du mal Trois tirets

Decxièue Brique

FF. Deux tirets ZAL. NIY.A.I Elle a cessé la bonne foi TIRLOX..

Du Tvrien. Qu'il soit maudit ! Et pourquoi ?

La puissance du mal Est sur

[.D.A.UHio.. OU, L'IM.A. A.Z7. D OU.

FE, h)O.U.O.U.A.

Lui TROISIÈME BRIQUE

E.Z.L.4.00. Glissent

OU.A LAT le bon exemple OU. T.A.OU.A Et l'obéissance. 0.00 S(e) NL. Les ouvriers de la justice

TI. D.OV.Qiu). OV. s'appuient AN. ILL OU. sur les Dieux ROxDELLE A SIGNES (Sceau) Q(u)./.4.D. — Les juges. les caïds.

AIGUISOIR EN PIERRE

AL.A.OU, — Fatiguez-vous (travaillez, prenez de la peine)

Hacue Siene du Thin : hache se dit : CHAKOUR

La quatrième brique ne sera pas lue, tant que l'estampase fidèle n'aura pas révélé les caracteres exacts : après quoi, il n'y aura plus de difficultés.

Les lectures ont été faites au moven ci-joint, reconstitué par le lieutenant- colonel de Saint Hillier.

NOTA. — Tous les mots lus sans exception figurent dans les diction-

naires courants de la langue arabe. Aucun n'est forgé pour les besoins de la. cause. S. H.

NoTE sur LES FouILLES bu GLoZET

\L.

27

de Saint Hillier trouve dans ces inscriptions des carac-

tères appartenant à des alphabets différents, égyptien, grec, phéni- cien, hébreu, syrien, étrusque, ainsi que des caractères inconnus. Ce mélange d’alphabets ne fait que compliquer le problème.

ut -

eus imtuinbons D GLezes

PHÉNICIEN COMPOSITE (dun)

Deus on 1925 pan & D Frbnet où sarur aruuuen monte D LS rémabtaY vovanonu

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AL. le docteur de Brinon a signalé de son côté le rapprochement que l’on peut faire’entre les inscriptions des briques de Glozet, les signes gravés signalés par Francis Pérot sur des galets, découverts à Mont-Saint-Jean (Saône-et-Loire), et les signes gravés sur un dis- que de schiste trouvé par M. B. Clément, à Montcombroux (1).

D'autre part, M. le docteur Capitan fait remarquer que certains

11) Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais, 1925, p. 355.

28 SOCIÉTÉ D'EMULATION pu BouRBONNAIS

des galets gravés de Glozet ressemblent à des contremarques d’épo- que gallo-romaine.

Quoi qu'il en soit, on ne saurait faire remonter à 8 ou 10.000 ans l'établissement de Ferrières. Il faut attendre que la civilisation orientale ait pénétré en Gaule, c'est-à-dire au plus tôt 7 on 800 ans avant notre ère, et plus vraisemblablement au début de notre ère.

Enfin, il reste à emjêcher une confusion de la part de MM. Mor- let et Fradin, qui veulent trouver également une station néolithique au village de la Verrerie, commune de Saint-Nicolas-des-Biefs. Je n'ai pas connaissance qu’on ail jusqu'ici découvert de vestiges pré- historiques dans celte région. Quant aux débris vitreux et frag- ments de verre qui v abondent, ils s'expliquent aisément par le fait qu'une verrerie, ainsi que le nom l'indique, a existé en ce lieu de temps immémorial, précisément au bord du petit ruisseau qui longe la vieille route de Forez, Mais 1l n’est pas besoin de remonter aux temps néolithiques pour en trouver trace, Cette verrerie très pros- père au xvu° siècle, à disparu à la fin du xvirt siècle (1).

Les verreries étaient fréquentes autrefois. Elles s'établissaient généralement j:rès de la forèt, sur le bord d’un ruisseau, et nom- breux sont les lieux qui en ont même conservé le nom. Pour le département, j'ai relevé des licux habités appelés « la Verrerie » dans les communes de Braize, Lalizolle, Louroux-de-Bouble, Saint- Léon, Saint-NXicolas-des-Biefs, Thionne (?).

La question en est là, Nous avons voulu simplement en préciser les données pour dissiper tout malentendu et éviter dans l'avenir toute erreur. Sans donner au problème l'ampleur que certains lui prêtent, nous eshimons qu'il a son importance et il serait fâcheux que des confusions ou des inexactitudes viennent à l’origine l'obs- curcir, au risque d’en fausser la solution.

JosEPH VIPLE.

(1) AUBERT DE LA FAIGE et Roger DE LA BoUTRESSE, Les fiefs du Bourbon- nais. Lapalisse. p. 83.

(2) CHazaun, Dictionnaire des noms de lieux habités du département de l'A llier.

ASS

À ED 10 212 PI ET CE CIE CI CT

MONTLUCON

ET SES RICHESSES D'ART

B. — HISTOIRE

CHAPITRE II. — LA VILLE FÉODALE

$ 2. — MONTLUÇON RELIGIEUX (Suite) (1)

4

f, — Les établissements d’Instruction. A. Collège ; B. Pensionnate : C. Ecoles.

Nous n’insisterons pas ici sur l'origine absolument cléricale de l’enseignement en France (2). Le Maître, envoyant ses apôtres à la conquête du monde, avait dit: « Allez, enseignez toutes les na- tions ».. (3), et l'Eglise. autant que les pouvoirs politiques lui en ont laissé la liberté, a pris le mot d'ordre à la lettre et selon son esprit (4). Les premiers édifices scolaires sont les cloîtres des

(1) Voir Bulletin 1925, pp. 39-141-189-306-380.

(2) Voir p.380. « L'invasion des barbares, en ruinant l'empire [romain].ruina les écoles impériales ; il n'y eut plus alors d'autre enseignement queceluides monastères et des cathédrales. » (A. CHÉRUEL, Dict. des Institutions. Paris, Hachette, 1884, « Instruction publique»w.)— « Le catholicisme fut le promoteur le plus efficace du développement populaire de l'intelligence humaine. » (Auguste COMTE, Cours de philosophie positive, 186%. t. V, p. 258.)

(3) « Euntes ergo docete omnes gentes. » (St. MATTH. XX VII, 19.)

(4) « Il est un fait historique, c'est l'action incessante, infatigable de l'Eglise pour l'enseignement primaire, qui a pu ètre troublée, entravée, interrompue par les événements, méconnue par l'ignorance et les préjugés, mais qui s'est continuée à travers les âges, comme l'expression d'un devoir essentiel, sans découragement ni lassitude. » (Cité par M. Bouchard, dans son étude sur l'Enseignement primaire avant la Révolution.)

30 Société D'EmuLaArion pu BouRBONNAIS

abbayes et les salles des prieurés ; les premières écoles, celles des cathédrales et des presbytères. Les actes des conciles (1) qui pres- crivent à tout prêtre qui a charge d'âme. d’entretenir auprès de lui un clerc, prêtre ou laïque, pour lui servir d’auxiliaire dans la célé- bration des offices et tenir les écoles (tenere scholas), les registres paroissiaux l’établissent péremptoirement. Les adversaires de l'Eglise passent sous silence cette vérité; mais ceux qui, parmi eux, sont instruits et loyaux, ne la nient point. Il n’y a plus aujourd’hui, pour la méconnaître, que ceux qui datent de 1789 le commencement du monde, ou du moins l'origine de toutes bienfaisantes institu-

tions (2).

(4) Spécialement le concile de Vaison, en 529, qui décrète que « les prè- tres établis dans les paroisses doivent recevoir chez eux des jeunes lecteurs et les instruire ». « Que les prètres établissent des écoles dans Îles bourgs et dans les villages », prescrivait Théodulfe, en 797. — Siméon Luce, dans la Bibliothèque de l'école des Chartes (Xxx1vV, 121) observe qu’au milieu même de la guerre de Cent Ans, le chancelier Gerson rappelait aux évêques leur devoir de prendre soin dans leurs visites pastorales que chacune des pa- roisses de leurs diocèses ait une école pour les enfants (Sermo de visita- tione prælatorum, 11, 558).

M. de Beaurepaire (Conciles et synodes tenus à Rouen, p. 219) cite un 43° canon (en date de 1445), qui « ordonne aux collateurs des écoles de ne les confier qu'à des personnes recommandables par leur âge, leur capacité et leurs mœurs, et de ne rien exiger d'elles pour cette collation ».

De plus haut, à Rome, l'Eglise, au 3: concile de Latran, portait des décrets pour « donner aux pauvres la facilité de s'instruire », se déclarant « obligé de subvenir à leurs besoins intellectuels, comme à leurs nécessités maté- rielles.… ». |

Parlant des écoles de Montluçon, M. Hachette (191, 2) écrivait : « Nous

supposons qu'à Montluçon, comme ailleurs, l'école du Moyen-Age a été tout simplement une annexe de la paroisse. Dépositaire de tout le savoir d'alors, l'Eglise en assure la transmission... » _— Dans toutes les visites épiscopales faites à nos paroisses bourbonnaises au cours des âges, on voit l'archevèque de Bourges, les évèques de Cler- mont et d’Autun mettre sur le même pied les questions du culte et de l’en- seignement (Cf. Les Paroisses Bourbonnaises, par le chanoine MoRrEeT, et notre dossier des visites épiscopales : APb).

(2) « A ceux qui ont prétendu qu'iln'y avait pas d'écoles primaires en France avant 1789, on a prouvé (M. Léopold Palisle, membre de l'Institut. MM. de Beaurepaire, Léon Maitre, de Charmasse, Quantin, Merlet, archi! vistes paléographes ; Fayet, Armand Ravelet, Ch. de Ribbe, Audiat, Ba- beau, etc.) au contraire, après avoir étudié l'histoire, recherché les faits, fouillé dans les archives, que l'instruction primaire, vieille de plusieurs siècles, était autrefois florissante dans notre pays, et que la Révolution,

MonrLucçon ET sEs RICHESSES D'ART 31

Pour nous en tenir à Montluçon, nous résumerons ici ce que les documents locaux nous apprennent sur ses établissements secon- daires et ses écoles primaires, sous l’Ancien Régime.

A. — Le collège et les pensionnats. Le collège (1).

Si les documents relatifs à cet établissement, qu'on appellerait aujourd'hui d'enseignement secondaire, manquent pour la période antérieure au xv° siècle, du moins nous savons, par un acte du

loin de servir la cause de l'enseignement populaire, l'avait compromise, et, pour un temps, perdue. » (E. ALLAIN, L'instruction primaire avant la Révo- lution, Paris, libr. de la Soc. Bibliog. 1876, p. 6 et 7, note 2.)

On peut sans doute affirmer que l'instruction populaire prit un essor plus général au milieu du siècle dernier, qui a décrété son caractère « obli- gatoire », bien qu'on n'ait pas toujours à se féliciter de l'exactitude des po- pulations à se plier à la loi sous ce rapport, ni des programmes et surtout des tendances de l'enseignement moderne ; mais il n'est plus permis de nier les efforts des siècles passés pour répandre la lumière, à moins d'obéir è un sectarisme aveugle et de suivre sur ce point le conseil que donnait Voltaire à Thériot, dans une lettre du 21 octobre 1738 : « mentir, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours ». (A LLAIN, ouv. cité, p.7.)

M. Fayet, ancien recteur, inspecteur d'Académieen retraite, a montré (Les hautes œuvres de la Révolution en matière d'enseignement) que nous avions en France vingt-quatre universités, fondées du x11° au x1v* siècle, quand le décret de la Convention du 15 septembre 1793 les supprima d'un seul coup. Quant aux collèges, de 1149 à 1661, Paris seul en avait vu fonder et doter soixante-cing. Toutes les villesimportantes en possédaient.En 1789, cinq cent soixante-deux collèges, avec soixante-douze mille sept cent quarante-sept élèves, dont les quatre septièmes recevaient entièrement ou partiellement l'instruction gratuite (ViLLEMAIN, Rapport sur l'instruction secondaire en 1843, p. 56, 57). Le ministre de l'instruction publique ajoutait: « Avant 1789, l'instruction classique, plus recherchée par le goût et l'habitude des classes riches, était en même temps plus accessible aux classes moyennes Ou pauvres... » (1d.)

On s'explique alors que l'enseignement primaire lui-mème devait être très prospère pour fournir une clientèle aussi abondante à tant d'universités et de collèges, car on ne va pas étudier dans un collège, et surtout dans une université, les lettres et les sciences, sans s'être préalablement assis sur les bancs de l’école primaire.

(1) L'établissement, le fonctionnement de ce collège et ses premiers logis ont fait l'objet d'érudites et multiples études de la part de M. Alfred Hachette, ancien professeur du Lycée de Montluçon, puis censeur au lycée Hoche, à Versailles. Nous renvoyons nos lecteurs aux doctes articles qu'il a publiés dans 5, 1901, pp. 48, 132; et dans 92, 1913, pp. 1, 42; et pour les tirages à part : 191 ; 491 86:5. — Cf. aussi: ‘71, 94, 99; — 194, — 200b::, — 217, passim.

32 Soct1ÉTÉ D'EMULATION pu BOURBONNAIS

19 janvier 1496, que le collège était à cette époque installé rue Montperroux, non loin de la porte des Cordeliers (1). [Cf. fig. 22, p. 277,%.]

Un principal et trois régents y dirigeaient une centaine d'élèves qui étudiaient la lecture, l'écriture, le latin, l'histoire, la géographie, le calcul. |

C'est le chapitre Saint-Nicolas qui « faisait, en partie, le traite- ment du principal (2), et la ville donnait trois cents livres aux ré- gents (3) ». Les jeunes écoliers ne payaient que quinze sols par mois, et les « externes » étaient taxés à un franc.

La charge de « Principal » fut souvent exercée par un chanoine du chapitre de Saint-Nicolas (4), et en tout cas par un prêtre muni

de diplômes.

(1) Terrier de 1490-97. Cf. 92, 4,5; et les articles de M. Hachette (ouv. cité).

(2) Soit 800 livres ! — C'est sous ce rapport surtout que lestemps modernes sont en progrès !.….

« Au xviit siècle, le principal était toujours subventionné par le chapi- tre Saint-Nicolas, et en 1572, les chanoines abandonnèrent à la ville seize journaux de vignes et une rente annuelle de vingt livres « pour la nourri- ture et l'entretien du régent des écoles ». M. Hachette ajoute : « Ne peut-on pas conclure de ces libéralités que le premier collège de Montluçon doit son origine au chapitre Saint-Nicolas, qui l'aurait établi dans quelque dé- pendance de la rue Montperroux.»

(3) Un arrèt du grand Conseil, en date du 1°" juillet 1681, imposa à la ville « que sur les revenus provenant des biens patrimoniaux et octrois, elle de- vre payer, chaque année, au principal du collège trois cents livres ».

C'est ainsi que ce modeste traitement était de loin en loin plus élevé. 1] parait bien qu'il ne l'était pas suffisamment, puisque nous voyons, en 1759, un nommé Villette, « maitre ès-arts et maitre écrivain, juré, ne pas se trouver assez payé à Montluçon, car il déclare qu'il désire quitter cette ville pour aller se fixer à Saint-Pourçain (71, 96, d'après les archives m'** de Saint- Pourçain, R 1).

Nos archives particulières renferment des quittances délivrées par divers principaux du collège à un apothicaire. Etienne N. On peut constater que ces messieursétaient pavés très en retard...c'estainsi que maistre L. Cornu, en 1674 peut réclamer six années d’arriérés ; J. Parquet, en 1678, pour deux; Lelong, en 1686, pour cinq; Dumont, en 1691, pour trois ; Jehalais, en décem- bre 1694, pour trois années, etc.., etil s'agit de petites sommes comme 2, 30 sols par an!

(4) C'est ainsi qu'à travers les actes de catholicité on trouve des chanoines de Saint-Nicolas. maitres des écoles de Montluçon ou du collège; c'est en 1540, le cas de Gilbert Nonet ; — Dans l'acte de parrainage du 28 novembre 1735, à l'église de Noyant, on voit le chanoine Claude Petitjean, principal du collège de Montluçon (reg. par. de Noyant, Allier) ; —Les registres de Notre-

MonTi.UÇON ET SES Ricxesses D'ART 33

A —— a ——— ———————— 2 —————————— 2 ————_—_—_— A — —

Ce sont les curés (1) des paroisses urbaines qui faisaient choix, sur la présentation des consuls de la ville (2), du « maître ès arts », auquel on confiait le soin d'instruire la jeunesse studieuse de Montluçon.

En 1578. le collège fut transféré rue Notre-Dame, dans une maison achetée le 18 janvier (3). Une plaque de marbre, conservée aujour-

Dame font mention, au 28 août 1749, de Quillery, prètre, comme « principal du collège de Montluçon ». En 1768, au 30 décembre, nous trouvons comme « principal du collège » un autre chanvine de Saint-Nicolas: André Rene- vier.…

(1) On trouve dans la correspondance adœministrative des premières an- nées du xix‘ siècle des renseignements suggestifs quoique partiaux, sur l'en- seignement à Montluçon avant 1789, et qui expliquent et justifient le rôle im- portant des curés dans le choix des maitres, leurs suppléants à la fin de l'Ancien Régime. Dans un aperçus tatistique de l'arrondissement de Montlu- çon, servant de réponses aux questions insérées dans une lettre du minis- tre de l'intérieur, datée du 22 avril 189, et adressée au sous-préfet, il est dit : « Autrefuis, les curés enseignaient, pour la plupart, à lire et à écrire aux enfants de leurs paroissiens aisés; mais depuis que la réunion des paroisses a presque doublé leurs occupations, ils n'ont plus le temps de se livrer à l'enseignement ; en un mot, l'instruction dans cet arrondissement est beaucoup au-dessous des besoins. » (71,98, 99.)

(2) C'était un usage «immémorial »; mais on jugea à propos de le consacrer par un acte authentique. C'est ainsi que le châtelain de Moniuçon, à la demande du prieur de Saint-Pierre et des consuls, rendit dans ce sens un jugement le 9 avril 1495. (Cf. AD A, série E. fonds de Mn.; — 8, 1890, 122 ; — 71, 216-219.)

— Le duc intervenait cependant quelquefois pour donner au candidat, quand il était prêtre... une des prébendes canoniales de Saint-Nicolas qui était à sa collation particulière ; c'est ce que fit, le 1°" octobre 1569, Henrv, duc d'Anjou, qui jouissait du Bourbonnais, en nommant messire Eustache Pevret, dit« Des monts », régent des esvolles de la ville, chanoine de Saint- Nicolas, à la place de messire Nicolas Robert, qui venait de décéder. (ADA,, fonds Mn.)

M. Hachette fait remarquer (6,52) «les ménagements employés par l'au- torité ecclésiastique vis-à-vis des consuls » au sujet du choix des professeurs du collège.

(3) Nous connaissons exactement, par un acte du 30 juillet 1681, la posi- tion du collège dans la rue Notre-Dame. En effet, il résulte d’une déclara- tion faite par-devant Gilbert Loizel, notaire royal, par lies consuls de la ville, « que plusieurs corps de bâtiments, cour, jardins appelé l'Hôtel de ia Coudre, où est à présent établi le college de Montluçon, sunt situés proche et a costé de la porte de Montluçon, appelée la porte du Marché à présent des Cordeliers, dans l'enclos de la ville du costé du septentrion joignant d'orient les murs de la ville, de midy la maison et jardin de Gilbert Cheva- lier dit Chaucouty, vigneron, d'occident la rue descendante de la dite porte

3

34 SoctéTé D'EMULATION Du BouRBONNAIS

d'hui à l'hôtel de ville (1), et qui timbrait depuis « 1588 » le nou- veau collège, atteste qu'à cette dernière date la maison fut rema- niée (2). \

L'inscription entière qui la couvre, au-dessus et au-dessous des armoiries de la ville, prouve qu’en l'an du Seigneur c19. 19. xxC. vint, c'est-à-dire en 1588, grâce au zèle des consuls Joseph Coppin, Gilbert Mercier, François Pinelle et Etienne Soret. le collège fut restauré et en grande partie agrandi : « resfaurafum ac majori ex parte auclum ».

Les renseignements officiels nous manquent trop pour pouvoir indiquer, exactement et en détail, quelles étaient les études qui se faisaient dans ce premier berceau montluçonnais des humanités, et quelle était la discipline de la maison (3).

du marché des Curdeliers, à la porte des forges au-dedans de la ville, au jardin des héritiers de feu M:* Gilbert Petit, procureur, du costé d'occident la grande rue tendante de la porte du marché des Cordeliers à la place de Notre-Dame de Montluçon (AD A, fonds du collège de Mn.).

On trouve dans ACMa, au 18 janvier 1578, la vente moyennant 500 écus, par Gilbert de la Loire, aux consuls de la ville, d'une maison et dépendances pour être employée à faire un collège. L'acte spécifie : « Sise en la grande rue.» Il faut sans doute entendre la rue descendante de la porte des Cordeliers dans la partie que nous appelons : rue Notre-Dame (Cf. 2177, 262). En 1512 la ville fit bien l'acquisition d’une maison dans « la Grand'rue » pour y ins- tailler « le collège », mais il semble bien aussi que cette maison, achetée le 20 mars 1512, ne doit pas être confondue avec celle dont nous venons de parler, et que l'acte de 1681 situe plus haut. L'acquisition de 1512 dut servir à établir « des écoles » (Cf. ADA, fonds Montluçon).

(1) Elle a été trouvée dans les démolitions du bâtiment, dans lequel elle était autrefois scellée). |

(2) CF. 56, 1901, 57 ; — 194, 81 ; — 196, 193-4 ; — 217.

(3) « Il était permis aux vénérables doyens du chapitre Saint-Nicolas, aux maires et échevins d'aller tous les mois au collège, faire la visite et voir si tout s'y passaiten bon ordre. » (487, 27.) — Une pièce inédite des archives de M. Francis Pérot, achetée pour notre collection, sans date, mais que l'écri- ture place à la fin du xviie siècle, nous donne quelques renseignements intéressants. Elle a pour titre: Etat de la consistance actuelle du collège de la ville de Montluçon. On y lit notamment : « Le collège est composé d'un principal prestre et trois régents clercs qui enseignent six classes. Le princi- pal professe la rhétorique ; le 1°" régent, la seconde et la troisième ; le 2e, la quatrième et la sixième : le 3e, la cinquième et les commencçants.

« Il a pour revenus une prébende préceptorale dans l'église colégiale de Saint-Nicolas de cette ville, dela valeur de 30 livres. Les officiers municipaux se sont chargés de payer annuellement au principal 300 livres ; et ils y ont été autorisés par arrèl du conseil du 1°" juillet 1681. Ces deux sommes n'é-

MonTLuçon Et SES RICHESSES D'ART 35

0

Cependant, un document des Archives départementales, reproduit par M. Hachette dans Les logis et les étapes de l'enseignement secon- daire à Montluçon (1), placard d'un programme en latin et imprimé, comme il était de coutume de le présenter alors pour ces fêtes litté- raires publiques, nous apprend que, le samedi 10 septembre 1740, à 2 heures du soir, une solennelle soutenance de thèses mettait aux prises, en présence d'un public d'élite et instruit, dans la cour du collège : Barthélemy Alarose, Gabriel Laurencel, Jacques Michard, Jean-Baptiste Raby, Jean-Baptiste Renard, Joseph Néraud et Pierre Lachenal, tous de Montluçon, pour des explications savantes sur les deux premiers livres des lettres de Cicéron à ses amis, et les cinq livres des fables de Phèdre, « dont le premier de mémoire. ils devaient être ensuite interrogés sur les règles de la grammaire, et y répondre de leur mieux, « respondere conabuntur » 1

Ensuite trois élèves : Augustin Bravi, de Saint-Désiré ; Roch Déchant, de Montluçon, et Vincent Dumas, d'Huriel (2), devaient

tant point suffisantes pour tenir un principal et trois régents, et la ville étant jalouse de conserver et soutenir ce collège, qui est très nécessaire, les officiers municipaux, depuis environ 12 à 15 ans, ont permis au dit principal, lors de sa réception, de percevoir sur chaque écolier habitant de la viile 15 sols. et sur les forains20 sols par chaque mois de l'année, ce qui peut aller année commune à 700 livres... au moyen de quoy il est tenu de payer à chacun des régents 150 livres.

« Comme ceshonoraires sont très médiocres pour des personnes qui ins- truisent la jeunesse, et qu'ils peuvent à peine suffire pour leur entretien, les habitants qui se trouvent v avoir des enfants sont obligés de prendre en leur maison et le principal et les régents, sans laquelle attention, ils ne se- raient pas à même de se soutenir (!)... »

« Ce collège est d'autant plus nécessaire pour l’éducationet l'instruction de la jeunesse, que la ville de Montiuçon est composée d'un siège royal », etc. «et orné de tout ce qu'il y a de plus distingué parmi la noblesse des envi- rons; outre ce, la dite ville se trouve éloignée de celle de Bourges, duquel diocèse elle dépend, de 20 grandes lieues ; de celle de Moulins... de 14 lieues: de celle de Riom également de 14 lieues, de celle de Guéret, capitale de la Mar- che, généralité de Moulins, de 14 lieues ». Suit l'énumérationet la distance des petites villes voisines qui n’ont que le collège de Montluçon à leur disposi- tion. Exception est faite pour Hérisson, qui avait un collège. Le document se termine par le souhait du « maintient du collège et d’un secours suffisant pour permettre au principal et aux régents de vivre ensemble et décharger les habitants du soin de leur donner l'hospitalité » 1...

(1) 92, 1913, p. 6. |

(2) Le motest écrit « Uriel » (Urieliensis), à peu près comme au Movyen- Age!

36 SoctËTÉ Db'EmMULATION pu BouRBoNNAIS

traduire les trois premiers livres des fables de Phèdre et le premier livre des lettres de Cicéron.

Une note manuscrite terminait cet exposé, en annonçant que ces divers exercices d'humanités seraient suivis de la « distribution des prix solennelle et publique » (1).

Ne voit-on pas, par ce simple fait, la valeur de l'enseignement que donnait le collège. et celle des auditeurs qui venaient applaudir à ses succès, et qui vraisemblablement avaient fréquenté cet établissement.

Les renseignements que nous avons sur les notables de la ville, pour la fin du xvin siècle, ne sont que de nouveaux témoignages de la bonne tenue du collège et de la qualité de l’enseignement qu'y recevaient les écoliers de plus en plus nombreux, et qu'on retrouve parmi les personnalités les plus en vue de la période révolution- naire et de l'Empire. |

Les pensionnats.

Si les jeunes gens recevaient au collège un enseignement secon- daire soigné, de leur côtéles jeunes filles, mieux partagées encore, trouvaient chez les Bernardines et les Ursulines la même formation intellectuelle et morale.

Pour ces deux établissements féminins. nous renvoyons nos lec- teurs au paragraphe que nous avons consacré à résumer l’histoire des couvents des Bernardines (2) et des Ursulines, en faisant

(1) Cf. 191865, et 4, 1913, 5,6. — L'érudit auteur de la publicité de ce pro- gramme ajoute, avec autant d'esprit que d'à-propos : « Quand on pense qu’il y a des esprits chagrins qu'effarouchent nos distributions d'aujourd'hui ! ».… Il aurait pu constater encore que ces joûtes brillantes prouvaient du moins que le collège de Montluçon savait soutenir sa réputation et que les études y atteignaient un niveau que bien des établissements d'aujourd'hui pour- raient lui envier. Elles prouvent aussi le degré de culture des auditeurs, ca- pables de suivre pendant de si longues heures de pareils exercices de latin. — Voir les listes des principaux et des régents des collèges au xix° siècle, dans 217.54, 45; — 92, 1903, 52. |

(2) P. 308-312. — Les auteurs anonymes des Fragments de l'histoire de Mont- Luçon, parlant de la qualité de l'instruction donnée surtout chez les Bernar- dines (chez lesquelles ils voient des rapports avec Port-Roval}, écrivent : « Les documents nous manquent pour préciser le degré d'instruction don- née par nos Bernardines ; C'était assurément la mème que celle que l'on trouvait dans les autres couvents. L'élan imprimé aux études par la Mère Anzélique Arnauld et Mme de Maintenon dut se faire sentir dans les provin-

MonrTLucon ET sEs RICHESSES D'ART 37

observer que celui des Bernardines était surtout fréquenté par les enfants de l'aristocratie et de la bourgeoisie, tandis que, si les Ursulines (1) recevaient quelques pensionnaires des environs, elles assuraient surtout l'instruction des enfants de la petite bourgeoisie, du commerce et du peuple, soit, à la fin du xvn siècle, près de cent cinquante élèves (2), qu'elles instruisaient Q gratuitement » selon l« esprit de leur règle » et avec zèle (3).

En tenant compte de la culture des Montluçonnaises du commen- cement du xi1x° siècle qui avaient fait leur éducation dans ces deux

ces, et l'on sait avec quel soin ces femmes supérieures s'appliquèrent à l'éducation intellectuelle et morale des jeunes filles... « Les doctoresses et les bas-bleus que l'on fabrique aujourd'hui sont loin d’être en progrès sur le passé. » (148, 15.) [ls auraient pu spécifier au moins de quel progrès ils en- tendaient parler, nos sévères auteurs anonymes !.…

(1) P. 313-319; — Cf. 197, passim.

(2) Ainsi il y eut chez les Ursulines de Montluçon, alors médiocrement peuplé (il n'y avait, en 1686, que 1.030 feux, d'après le rapport de l'intendant Florent d’Argouges), jusqu'à cent cinquante élèves! Commentant cette sta- tistique fournie par tous les documents de l'époque, M. de La Guérenne, l'au- teur de 197, ajoute (p. 66) : « Si nous rapprochons ces chiffres de ceux qui sont fournis à la page 231 du volume de statistique de l'enseignement pri- maire (1906-1907), où nous trouvons qu’il existe actuellement en France 12.769 écoles qui ne comptent pas plus de dix à quinze élèves, et 13.000 écoles qui n'en ont pas vingt, il nous sera facile de remarquer que l'enseignement de la jeunesse, qu'on reproche tant à l'Ancien Régime d'avoir ‘délaissé, coù- tait alors probablement moins cher à la France et, sans ètre, il est vrai, universel et obligatoire, restait du moins assez suivi et assez développé puisqu'il a fourni à la Révolution française la majeure partie des bommes qui l'ont faite...»

(3) Cf. p. 314, note 4.

D'un rapport établi par Pierre Duchet et Jean Petitjean, avocats en par- lement et officiers municipaux, le 22 mai 1790, et conservé aux Arch. Dép'e de l'Allier, nous pouvons extraire le passage suivant, qui justifie l'éloge que nous adressuns aux excellentes institutrices : « Le monastère des dames de Sainte-Ursule, quoique peu vaste, est assez bien bâti. Non seulement ces dames se chargent, dans l'intérieur de leur maison, de l'éducation de jeunes personnes, mais encore de celle des toutes petites filles de la ville, devoir dont elles s'acquittent avec tout le sele et l'exactitude possible, ce qui opère le bien public et particulier.»

Montluçon d'ailleurs rendait pleinement justice aux Ursulines. On en eut une preuve dans les vifs regrets que la ville entière leur témoigna quand ces institutrices modèles durent s'éloigner en 1792, pourn'ètre pas obligées de préter le serment schismatique que repoussait leur conscience. (Cf. les ré- gistres des délibérations du district de Montluçon, spécialement à la date du 23 mars 1792.)

38 SociéTÉ D'EMULATION Du BOoURBONNAIS

pensionnats, on est autorisé à penser qu'on y apprenait l'écriture, la lecture, les soins du ménage, la littérature — surtout l’art de faire la correspondance, et M"° de Sévigné pouvait y être comprise et comnientée, — Îa tenue de livres, le calcul, un peu de Ilatin, sans oublier les leçons de musique, de chant et... de danse, si l’on en croit le témoignage de nos vieilles grand'mères.…

B. — Les Ecoles primaires et l'Enseignement privé.

L'enseignement primaire (1) était donné à Montluçon, dans les écoles établies par les deux curés dans leur paroisse. Nos Archives publiques, si pauvres en documents sur les écoles,

(1) Sur cette matière nous renvoyons à la note qui accompagne le para- graphe concernant le caractère d'universalité et mème la gratuité de l'ensei- gnement sous l'Ancien Régime, aux conciles qui les décrètent, aux auteurs modernes qui les reconnaissent, comme les ouvrages de TAINE (Le Ré- gime moderne, 1, 213), de Jean GUIRAUD (Histoire partialeet histoire vraie, passim), etc. — Les preuves abondent en mème temps pour montrer que le mouvement intellectuel était dù au clergé. La République Française elle- même.était amenée à déclarer, dans un article du 15 juin 1880 : « L'action du clergé sur le développement des études primaires fut considérable... Ilest certain que les anciens conciles et synodes s'étaient appliqués à encourager le développement de l'instruction. » — M. FAGUIEz, dans la Revue des Deux- Mondes, a établi de son côté que le premier coup porté à l'enseignement populaire était venu de la Réforme, pour contrecarrer l'action sacerdotale. Voir F. ALLAIN : La question de l'enseignement en 1789, dans les « cahiers», conclusions, p. 136, Paris 1886. Librairie de la Société de l'Histoire de France, 6, rue de Tournon, et du mème: L'instruction primaire avant la Révolution, Paris, libr. de la Soc. Bibliographique, rue de Grenelle, 35, 1876. Ce petit volume de M. ALLAIN renferme de nombreuses preuves à l'appui de ces vé. rités pour la France entière. M. BABEAU prouve que, dans le diocèse de Troyes, en 1:89, sur 446 communes, 403 étaient pourvues d'école. — Notre compatriote, M. Louis AUDIAT, parlant de la Saintonge dans un mémoire lu à la Sorbonne en 1873, disait : « 1l y avait des écoles en Saintonge, en cer- tains lieux, au moins autant qu'en 1873... », etc., etc. — 11 nous faudrait un volume pour résumer les statistiques fournies par des érudits pourtous les départements.

Chez nous, en Bourbonnais. des recherches n'ont été tentées sérieusement jusqu'ici que par M. Ernest BoucHARD : Essai sur l'instruction en Bourbon- nais avant la Révolution. M. Bouchard a laissé un énorme dossier sur les écoles bourbonnaises. Enfin M. le chanoine MoRET, dans Les Ecoles Bour- bonnaises avant 1789 (Moulins, imp. Auclaire, 1894), a résumé ses recherches dans les « visites épiscopales » et les registres paroissiaux, et a laissé, lui aussi, à sa mort, de nombreux documents qui devaient paraitre dans une seconde édition de son petit ouvrage.

MonTLzucon ET SES RICHESSES D'ART 39

ne nous renseignent pas sur l'existence de ces institutions populaires avant le xv* siècle (1) ; mais l’acte du 9 avril 1495, qui nous fait savoir que les maîtres ès-arts, à qui l’on confiait le soin d'instruire la jeu- nesse, étaient choisis et présentés par les consuls de la ville etnommés par le prieur de Saint-Pierre (pour les écoles de cette paroisse), nous laisse entendre que ce régime durait « de {out temps et an- ciennelé.…. » (2), c'est-à-dire de temps immémorial puisqu'on ne peut en préciser le commencement.

L'Eglise ne se bornaïit pas à susciter des écoles (3) pour les enfants du peuple, elle veillait à leur bonne tenue et à la capacité des maîtres. On est frappé du soin qu'apportent les archevèques de Bourges, dans leurs visites canoniques, à tout ce qui touche l’enseignement. On en aura une idée par le procès-verbal de la visite faite à Montlu- çon par Mf' de Gesvres (4), métropolitain de Bourges, renfermant ses ordonnances d'août 1697, signifiées à M. Gilbert Thoret, curé de Notre-Dame : « Ordonnons que les maistres et maistresses d'école de cette paroisse se présenteront dans 8 jours pardevant le S' Jac- quemet pour estre interrogés sur leur capacité et expérience, et luy présanteront les permissions par eux obtenues de tenir escoles et d'enseigner la jeunesse, faute de quoy nous les interdisons et leur faisons défenses de faire aucun exercice de maistres ou maistresses d’escole. » | |

Cette sollicitude se retrouve encore dans la correspondance admi- nistrative des prélats ou de leurs vicaires généraux avec les curés (5), ce qui prouve que l'Eglise plaçait les questions d'enseignement au premier rang de ses constantes préoccupations.

(1) On sait que les chapitres avaient toujours un « écolâtre » chargé du soin d'inspecter les écoles du diocèse ou d’une ville. Le chapitre Saint- Nicolss de Montluçon, fondé au milieu du xui° siècle, ne dut pas faire exception. On connait son rôle dans les fondations du collège, ce qui rend vraisemblable son intervention en faveur des écoles populaires.

(2) "71, 216-219 ; — 92, 1913, 23, — M. Hachette avait déjà publié le texte latin de cet acte important dans 5, 1901, p. 50.

(3) M. Ernest Bouchard signale dans ces notes manuscrites (dossier de nos archives) que « les Cordeliers et les chanoines de Saint-Nicolas avaient ouvert de petites écoles, appelées dans le langage de l'époque des « mané- canteries »,à l'usage des enfants ».

(4) ADA, série G., n° 19, Notre-Dame de Montluçon, visite de 1697.

(5) Cf. ADA, Montluçon E hors série ; — les visites épiscopales, ms. du chan. Moret, dans nos archives.

40 SociérTé D'EMuLaTION pu BouRBoNNAIsS

Ces maîtres étaient souvent des prêtres, mais aussi des laïcs pieux et instruits. Ce n'est qu'au xvin® siècle que nous voyons arriver à Montluçon les dévoués fils de saint Jean-Baptiste de la Salle (1). En 1766 les Frères des Ecoles chrétiennes y sont signalés comme y enseignant, en attendant qu'au xix° siècle ils s’y établissent dans deux paroisses, pour le plus grand bien de la population ouvrière, de 1843 à 1904, comme nous le dirons plus loin, en parlant des insti- tutions modernes.

Quant aux programmes suivis dans les écoles populaires de Montluçon, aucun n'est parvenu jusqu'à nous ; mais nous sommes en droit de penser qu'ils ne différaient pas de ceux qui partout, en France, réglaient, sous l’Ancien Régime, l’enseignement primaire. Certes, ils étaient incontestablement moins « chargés » qu'ils ne le sont aujourd'hui, par des accroissements successifs qui ne remon- tent, d'ailleurs, pour la plupart, qu’à la loi de 1833.

Les enfants du peuple apprenaient. si nous nous en rapportons aux dires des vieilles générations montluçonnaises, le catéchisme. qui formait l’enseignement religieux avec l'enseignement moral, la lecture, l'écriture et le calcul. « Si on n’apprenait pas un peu de tout, on savait ce que l’on apprenait et l’ « éducation » était plus soi- gnée. Les maîtres se préoccupaient moins de faire des savants que de former des « hommes ». Il est bien constant que les anciens maitres formaient de fort bons écoliers : le choix des lectures, des modèles d'écriture et d'orthographe, les leçons orales suppléaient à ce que les programmes écrits pouvaient avoir d'incomplet (2) »..

Les enfants ne connaissaient pas seulement, en fait d'écriture, le

(1) D'après le Calendrier du diocèse de Bourges, année 1:66 (renseigne- ment communiqué obligeamment par le cher Frère Gustave, du Noviciat de Moulins). — Personne d'ailleurs n'ignore la science, le dévouement dont les Frères de la Doctrine chrétienne firent preuve, depuis leur fondation, dans l'éducation, la formation morale et intellectuelle des Français. Leur mé- thode reste le modèle qui a inspiré à notre administration publique de l'en- seignement ses meilleures directives ; leurs ouvrages constituent les plus solides bases de la formation parfaite du peuple. On a calqué ces ouvrages, souvent copié leurs atlas, alors mème que, pour obéir aux basses injonctions d'impies sociétés secrètes, on proscrivait leurs personnes.

(2) L'instruction primaire avant la Révolution, par E. ALLAIN, ouv. cit., p. 50. Voir ce qu'il dit à propos de l'orthographe.

MowrTLuçon ET sEs RiIcmesses D'ART 41

livre imprimé, le journal, comme aujourd’hui, mais le manuscrit (1), les diverses écritures (2) !

N'oublions pas que de ces modestes écoles primaires sont sorties des générations d'intelligents ouvriers qui, dans les plus obscurs villages, ont laissé des chefs-d'œuvre ; des enfants qui ont brillé dans les sciences ou se sont graduellement élevés jusqu'aux plus hautes charges de l'Etat. C'est sur ces humbles bancs que se sont formés d'abord. avant de passer sous la directjon des prêtres régents du collège, les notables montluçonnais, comme Mizaux, Louis Pinelle, évèque de Meaux, Pierre Petit, l'avocat Cheville. le poète Barjaud, Chabot de l'Allier... et ceux qui en France sont la gloire

du grand siècle. L'enseignement! privé.

À côté des écoles que j'appellerai « officielles », parce qu'elles étaient reconnues, subventionnées par les autorités, il existait des cours d'enseignement particulier et privé. La coutume était an- cienne, mais nous avons, pour la fin du xvni* siècle, la preuve que des garçons (3) qui ne fréquentaient pas le collège ni les écoles pri- maires, allaient suivre les lecons de prêtres zélés. C’est ce que met en évidence une affaire qui fit du bruit à Montluçon et qui se ter- mina en faveur d’un instituteur bénévole autant que dévoué.

(1) Nous avons retrouvé, dans un fonds de bibliothèque familiale, des ou- vrages sur l'écriture manuscrite qui permettaient aux élèves de ce temps de lire, non seulement toute missive, mais même les vieux titres. Le moindre village avait des gens qui « lisaient » les vieux parchemins anciens, des « féodistes » nombreux. Aujourd'hui il n'y a presque qu'un homme par dé- partement : l'archiviste départemental, qui soit capable de lire « les écritures anciennes » |.

(2) A Lucq (Basses-Pyrénées), en 1689, un régent d'école est refusé par les paroissiens parce qu'il ne pouvait déchiffrer les chartes de la commune! (ALLAIN, ouv. cit., p. 51.)

(3) On signale à Montluçon, au cours du xvui* siècle, l'existence pour les petites filles d'une sorte d'école privée qui était tenue par deux veuves âgées qu'on nommaiïit « les Maries des Pauvres », auxquelles les consuls confièrent pendant quelque temps le bureau de bienfaisance. Mais leurs nombreuses occupations les obligèrent à laisser leur classe (Dossier BouUcHARD). On voit que l'histoire est bien «a un perpétuel recommencement », puisque, en plein x1Ix° siècle, nous avons connu et utilisé la petite mais si méritoire institu- tion de la vénérable M=° Corre-Melin et deses filles, fondée pour la première formation d'un groupe d'élèves qui, au sortir de la maison, entraient les uns « à Saint-Joseph », les autres « à Saint-Maur ».….

42 Soci1ËTÉ D'EMULATION pu BOURBONNAIS

Il paraît donc que. vers 1680, un certain prêtre de la ville, Antoine Billon, sans prébende, et uniquement entretenu par les maigres redevances de ses élèves, avait groupé autour de lui quelques éco- liers, auxquels il apprenait « à lire, chiffrer et écrire ». Les « cours » ._ se tenaient non loin du collège, rue Montperroux. dans une petite maison dépendante du pressoir ducal.

La concurrence n'était guère à redouter. Pourtant des plaintes amères s’élevèrent bientôt contre le pauvre Billon !... et à la requête des « maîtres écrivains de la ville, il fut dénoncé à Bourges comme faisant la classe sans autorisation ».

Heureusement le prince de Condé, informé du fait, prit parti pour son extraordinaire « locataire », et à sa demande l'archevêque de Bour- ges prescrivit, le 10 août 1705, à son officialité, de permettre à Messire Antoine Billon de faire gratuitement et par pure charité « les petites écoles dans la dite ville de Montluçon, en enseignant aux petits garçons de l'âge de cinq à six ans. à prier Dieu, le catéchisme et à lire ».. Le bon maître volontaire et désintéressé était en partie libre de ses mouvements ; on rendait témoignage public cu faveur de ses «vie, mœurs et capacité » .. Mieux encore, au printemps suivant. toujours à la demande du duc de Bourbon-Condé, l'archevêque dé- bonnaire accordait une prébende du chapitre Saint-Nicolas à Messire Billon, qui fut installé dans ses nouvelles fonctions le 27 mai 1706. selon les formules d'usage et avec tous les honneurs qui lui étaient si justement dus (1).

g. — Les Institutions de charité et d'assistance (2). I Les « charités » ; IL. l’ « Hôtel-Dieu ». |

Les œuvres de bienfaisance, de charité ont, de tous temps, ren-

(t) Cf. 148, 42-52 : — Le prètre instituteur mourut.le 14" juillet 1751 et fut enterré dans la nef de l'église de Saint-Nicolas, vis-à-vis de l'autel de Saint- François de Sales. (/b.)

(2) Cf. ADA, série H. Maison de la charité à Montluçon (xviie, Xviie s., & registres, 3 liasses); — Les charités: H. 0852 (xive, xvite siècles, trois re- gistres, 4 li.) ; et dans E : Montluçon ; — Hôtel Dieu: H. 0844 à 0851 (1467. xvine siècle) : R. 0847...;: 40 registres, 10 li.: Délibérations (1734-an V ; comp- tes (4649-1786) ; pour les dépenses journalières du commencement du xvinits. voir H.847, registre ; — APb; spécialement un terrier ms. de 1643, de 55 feuil- lets, papier, établi par Jacques Lebourg. « de présent maistre et adminis- trateur de l’Hôtel-Dieu de la ville » ; — 187 et 217, passim.

4

MonTLucoN ET SES RICHESSES D'ART 43

contré la plus vive sympathie et le plus large concours dans la population si religieuse du vieux Montluçon. Toutes les institutions pies ou sociales, les œuvres, les confréries, les corporations ren- ferment dans leur règlement des prescriptions inspirées par le plus pur esprit de l'Evangile, l'amour du prochain et spécialement des pauvres et des malades. Aussi de bonne heure vit-on les déshérités des biens de ce monde être l’objet d'une prévoyante autant que dis- crète assistance, en attendant que les malades sans famille puissent recevoir l'hospitalité dans un Hôtel-Dieu.

I. « Les charité, » et les sœurs des « Petites Marmites»

L'établissement de ce qu'on appelle « les Charités » et qui eut à Montluçon, dès le Moyen-Age, une puissante organisation, est le modèle de ce qu’on nomme aujourd'hui les Dames de la Miséricorde et le Bureau de bienfaisance... réunis (1).

Les « charités » paraissent dès le xiv° siècle (2)comme œuvres de soulagement pour les pauvres secourus à domicile (3), visités d'abord par des confréries pieuses. par les « Dames de la charité » (4), plus tard par des religieuses de Saint-Lazare ou filles de Saint-Vincent de Paul, appelées parfois dans les actes « les sœurs grises », et par le peuple « sœurs des Petites Marmites » (5), parce qu'elles portaient

(1) CF. 1917, 42

(2) Cf. 187, 20; — 196, 265 et 197, 42. — La maison dite des charités « avait été fondée, organisée bien avant que son existence suit constatée par l’acte de 1472 ». — Les religieuses faisaient tant de bien qu'elles jouissaient de l'affection générale. Les fonds qui les concernent aux Archives départe- mentales renferment de très nombreuses fondations faites en leur faveur. C'est ainsi, par exemple, qu’en 1667, Mæe Fouquet, Marie de Meaupou, femme de l’ancien surintendant des Finances, et sa fille Marie-Madeleine de Castille, leur avaient fait don de 2.000 livres.

(3) Cf. 217, 97.

(4) Leur service, déjà créé, fut organisé avec soin par un saint prêtre, l'abbé Antoine Preschonnet, vicaire de St-Pierre, le Vincent de Paul montiuçonnais, dont nous parlerons dans le paragraphe consacré aux célébrités montluçon- paises. Tous les mois il réunissait ces pieuses et charitables dames, pour leur faire des conférences sur leurs devoirs vis-à-vis des pauvres, désignait par quartier les indigents à visiter, pourvoyait à des suppléments de nour- riture et de vêtements, aux besoins des prisonniers, œuvre qui lui tenait particulièrement au cœur (Cf. 168, 32 : Antoine PRESCHONNET).

(5) On est trop porté à croire à Montluçon que cette désignation était spéciale à ses « sœurs grises des charités ». Un acte qui se rapporte à la même œuvre établie à Moulins, sous la direction des mèmes religieuses,

»

44 SocIÉTÉ D’EmuLaATIonN pu BouRBONNAIS

dans les maisons des indigents des secours en nature, comme le

font encore aujourd'hui, dans de nombreuses villes de France. les admirables Sœurs de Charité (1) et les « Petites Sœurs des Pauvres ».…

La « maison de charité » qui existe encore avait donné son nom à la rue qui relie celle de la Croix-Verte à la rue Notre-Dame. C'est une demeure haute « dont le pignon dépasse, du côté de l'ouest, les

habitations voisines » (2). (Cf. fig. 22, p. 277, L. 5, 1925)

. L'œuvre était sous la direction des deux curés de la ville, — ce qui révèle son origine cléricale, — qui s'adjoignaient deux admi- nistrateurs séculiers, le procureur du roi en la châtellenie, et deux dames « bien famées » (3). Un receveur « honoraire » — ainsi appelé parce qu'il ne touchait pas de traitement de ce fait — était chargé de faire rentrer les rentes et les cens, et centralisait toutes les aumônes et charités ; opérations diverses et assez prenantes, dont il rendait compte tous les ans au bureau de Direction.

Les ressources des charités consistaient principalement en 872 li- vres environ de rentes, en biens fonds (4) qui produisaient une vingtaine de livres, et surtout en produit des quêtes et des dons

Filles aussi de Saint Vincent, prouve que le mêwe vocable la désignait éga- lement. Dans son testament du 21 mai 1736, Jean Butin, curé de Treteau., précédemment l'un des douze chapelains de Saint-Pierre-des-Ménestraux de Moulins, et ancien curé de Lucenay-en-Vallée, donne « à la Marmite des pauvres de Moulins non renfermés (c'est-à-dire n’habitant pas un hôpital, mais chez eux) « marmite » desservie par les sœurs de la Charité », sa mai- son de Moulins avec le jardin et les dépendances de « la cour Butin »s, AMM, Inv. somm. des archives, suppl. p. 130, n° 549 (liasse de trois pièces papier).

(1) C'est ce que firent à Moulins. avant la Révolution, les Filles de Saint- Vincent de Paul, en attendant qu'elles fussent en 1802 chargées de l'hôpital Saint-Joseph. C'est ce que continuent à faire discrètement leurs sœurs de l'Orphelinat. Personne n'a pu oublier les générosités inouïes de Sœur Joseph, de vénérée mémoire, pendant les longues années qu'elle passa à Moulins...

(2) Cf. 2117. 98.

(3) Cf. 217, 97.

(4) Diverses maisons avaient été offertes à l'œuvre ou mises à sa disposi- tion pour lui procurer des ressources. Parmi elles on peut mentionner « une maison et son jardin située à la Presle, proche le moulin Crachepau »,qui avait été achetée le 10 mai 1591 par les consuls pour y mettre « les personnes qui seraient attaquées de contagion ». Elle fut revendue, par acte du 25 oc- tobre 1650, à Jean Mayet, laboureur (2177, 202).

MonTLucox ET SES RICHESSES D'ART 45

— ————_—_————— 2

volontaires (1), parfois assez abondants si l’on en juge par les dossiers des Archives départementales (2).

L'assemblée municipale demanda, le 31 janvier 1762, que « la maison des charités » fût réunie à l’Hôtel-Dieu (3), en faisant valoir que « les habitants se trouveraient de ce fait déchargés du logis du presbytère de Notre-Dame, dont le curé irait habiter la maison des charités ; et que les services hospitaliers de l'Hôtel-Dieu, seul éta- blissement institué par lettres patentes, bénéficierait des fondations nombreuses faites en faveur des charités ». Mais les choses restèrent en suspens jusqu’en 1791, année où la mort de la supérieure de la maison des charités remit l'affaire en question et lui donna une solution conforme aux désirs de l'administration civile (4).

II. « L'Hôtel-Dieu » ou l'Hôpital.

Cet Hôtel-Dieu aurait été fondé en 1467 (5), hors de l’enceinte de la ville, sur la « route de Moulins » et en face du couvent des Péres Cordeliers qui devait l’abriter sous la Révolution (6). (Voir plan de l'Hôtel-Dieu, fig, 41, p. 205 : &, 1925.)

A l’origine (7), l’'Hôtel-Dieu paraît avoir été destiné à recevoir les malades pauvres des deux paroisses de la ville ; mais déjà, au xvait siècle, il reçut ceux des paroisses voisines qui y avaient fondé

des lits (8).

1) Cf. 2117, 97.

(2) H. 0852.

(3) Cf. 187, 20.

(4) Cf. id., 83.

(5) Cf. 187, 21. Il existait avant cette date dans la ville. Cf. ADA, H. u8u4, charte de Mathilde. comtesse de Nevers, en 1222. — Au mois de janvier 1725 on avait établi dans la ville un hôpital «a pour les mandians » ; mais, dès la fin de l'année suivante, il fut transféré à l'Hôtel-Dieu (217, 218).

(6) Ce qui fut décidé par le conseil, le 9 août 1791. Le couvent avait rendu plus d'un service à l'établissement hospitalier. Une délibération du conseil de la ville, en date du 16 avril 1752, nous apprend qu'on eut alors recours, « pour la commodité des pauvres », à la fontaine « appelée vulgairement des Religieux Cordeliers », pour alimenter d’eau potable une fontaine établie à l'Hôtel-Dieu, et que contaminaient les infiltrations dangereuses (1817, 8).

(7) 217, 95.

(8) C'est en particulier le cas pour les pauvres de la paroisse de Givrette. Celle-ci, ayant versé au trésor royal, lors d'une épidéxie, la somme de 28.450 livres dont l'intérèt était payé à l'Hôtel-Dieu de Montluçon, fut auto- risée, par arrèt du conseil privé, le 10 septembre, et lettres-patentes de juin 1696, d'y envoyer ses malades pauvres. (217, 95 ;et ADA, série citée.)

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46 SocréTÉ D'EMuLATION pu BouRBoNNAIS

Jusqu'en 1730, il comptait dixgsept lits. En cette année, M. des Champs de Savigny en fonda un dix-huitième ; en 1774, M. de Fou- gière paya pour un autre ; en 1787, M. l’abbé Jaladon, curé de Désertines, fonda le vingtième pour les pauvres de sa paroisse (1).

L'établissement fut desservi d'abord par deux religieuses « de Saint-Lazare », puis par trois (2), par quatre, plus tard par six, enfin, à partir de 1754, définitivement par quatre (3). [1 fut « gouverné » par quatre administrateurs (4), qui devaient se renouveler, par moitié, tous les deux ans (3). L'établissement changea plusieurs fois de rè- glement.

Les médecins de la ville ne restèrent pas au-dessous de la généro- sité des habitants, car dès « le 8 décembre 1767 ils offrirent à la municipalité de voir gratuitement ces malades » (6).

Les revenus étaient assez élevés, si on en juge par la multitude de titres conservés aux Archives départementales et renfermant des

(1) ADA, et 2117, 95.

(2) D'un procès-verbal de visite de l’Hôtel-Dieu, les 29 et 30 juillet 1697, par l'archevèque de Bourges, Mg Léon Potier de Gesvres (1695, créé cardinal le 10 décembre 1719), il ressort qu'en présence de messire Gilbert Thoret, curé de Notre-Dame, de divers ecclésiastiques, du directeur et des admi- nistrateurs de l'hôpital... le prélat constate les faits suivants : « Toute chose est dans le bon ordre, après avoir interrogé les uns après les autres les malades » ;.. le receveur accuse 1.627 livres, 5 sols et 4 deniers de recette, qui seront employés au mieux des intérêts des malades. le receveur rendra compte tous les ans de sa gestion par devant l’archevèque ou en son absence par devant les maire et échevins de la ville; il « sera tenu, chaque jour, un registre des aumosnes et charités»s; une quatrième sœur sera adjointe aux trois autres qui ne peuvent suffire à leur travail. Enfin il fait « exclure deux femmes séculières adjointes qui causaient du désordre ». Déjà ! (A Pb:

(3: Le 26 mai 1754, les administrateurs présentèrent un nouveau règlement, qui fut approuvé par le conseil municipal. « Les sœurs, qui étaient au nom- bre de six. seront réduites à quatre. Elles feront les quêtes les dimanches et juurs de fètes « qui sont le principal appui, le plus clair soutien des pau- vres »; les sœurs qui « ne pouvoient toucher aucun argent des revenus sans mandement des administrateurs, devront fournir un état fidèle de la récolte du vin et autres denrées faite par la maison et ne pas recevoir de malades payants sans l'assentiment des administrateurs; les orphelins et les malades incurables ou atteints d'affections contagieuses ne pourront être admis... ». (CF. 187, 4.12.)

(4) Cf. 187 (18, 20, 24, 36) qui donne, pour la seconde moitié du xviite siècle, la liste des administrateurs de l'hôpital.

(5) Cf. 187, 18,20; « 24aoùt 1761, sont nommés administrateurs : Rochette, médecin, à la place de Claude Deschamps, qui a fini ses quatre années...»

(6) Cf. 187, 24.

MonTLuçox ET sEs RICHESSES D'ART 47

rentes, des cens et des dons très généreux que mentionnent les terriers et les testaments (1).

Nous avons vu qu'en 1697 le receveur annonçait 1627 livres de « revenus ». Presque un siècle plus tard, en 1752, les comptes font état de : 1°,540 livres, 2 sols, sur l’Hôtel-de-Ville de Paris. et sur les tailles ; 2°, 1389 livres et 7 deniers de rentes sur divers particuliers ; 3°, 306 livres provenant de bien-fonds. enfin, les quêtes « dont onne peut évaluer le produit, étant trop variable » (2)...

Un « Tour » par où l’on recevait discrètement les enfants aban- donnés, — écartant ainsi le fléau des cruels infanticides, — s’ouvrait sur le mur de façade de l'hôpital (3).

A l'ouest des bâtiments et au dos de la chapelle (4), s'étendait le cimetière (5), qui recevait les morts de l’hôpital. en même temps que ceux de la paroisse Notre-Dame (6).

Comme nous le verrons plus loin, l'Hôtel-Dieu fut transporté pendant la Révolution de l'autre côté de la route de Moulins, dans les bâtiments enlevés aux Cordeliers. Le vieil hôpital servit jusqu’en 1850 (7) à loger la gendarmerie, puis fut vendu à des particuliers qui le transfermèrent en habitations particulières.

(À suivre.) CHANOINE J. CLÉMENT.

(1) CF. ADA. H. 0844 à 0851.

(2) CF. 217,95. — Les donations sont nombreuses et variées au cours des xvtie et xviiie siècles (voir AD A), spécialement pour 1677: « Estat des cens et rantes dus à l’hospital de Montluçon... » H. 0850; les registres des :omp- tes, cités plus haut; les terriers et reconnaissances : H. 0848; les testa- ments : H. 0849, etc.

(3) On voyait encore, en 1880, l'encadrement en pierre de ce « tour » placé presque en face de l'entrée actuelle de l'hôpital. Toute trace en a disparu lors de la restauration par M. Ronvin de l'immeuble de l’ancien Hôtel-Dieu.

(&) Le 2 avril 1691. Mgr l'archevêque de Bourges donnait à l'Hôtel-Dieu « la permission de tenir le Saint Sacrement dans la chapelle ». ADA, H. 0850.

(5) C'est l'actuelle place de la Paille qui occupe l'emplacement de ce cime tière.

(8) Cf. 148, 24. Il fut interdit, pendant un mois, par l’autorité ecclésias- tique en 1685, « parce qu'il était mal clos par une simple haie de buissons secs ». Le clergé de Notre-Dame dut pendant ce temps porter les morts de la paroisse au cimetière du Bout-du-Pont, de l'autre côté du Cher, à côté de ceux de la paroisse Saint Pierre dont le cimetière, situé à la place qui porte le nom de Place-des-Pots, avait à son tour été interdit.

(7) Cf. 217, 96.

JEAN COULON

SCULPTEUR (1853-1923)

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Le dimanche 3 juin 1923, Moulins cé- lébrait, avec le goût et le tact qui carac- térisent la vieille capitale du Bourbonnais, le centenaire de son compatriote Théodore de Banville. Successivement, hommes po- litiques et hommes de lettres sont venus, dans d’éloquents discours. apporter leur hommage d'admiration au poète, et dé- poser au pied de sa statue la palme de gloire que ses contemporains avaient né- gligé de lui offrir pendant sa vie.

En contemplant la fine silhouette qui se détachait au milieu des fleurs et de la verdure, en ce bel après-midi d'été, me revenaient à l’esprit les

lignes écrites, il y a quelques années, par Jean Richepin, alors qu'il avait rendu visite à notre délicat poëte par un délicieux clair de lune :

« S'il vous plait de voir un portrait de Banville, qui vous donne bien l'expression de son œuvre et vous laisse le souvenir qu'il faut en garder et que je voudrais pouvoir vous laisser, n’allez pas le chercher au Luxembourg parmi tous les bustes qui en font un Campo-Santo Il y a là un Banville fort bien sculpté, certes ; je ne voudrais rien dire de désagréable à l'artiste qui en est l’auteur ; mais, néanmoins, c'est un Banville en empereur romain, et Banville n'était ni empereur ni romain. Si vous voulez avoir sa ressem- blante elligie, il faut faire un voyage un peu long. aller à Moulins, sa

JEeax CouLox 49

ville natale. Là, il a eu la chance, inespérée pour un poëte, qu'un sculpteur ait fait son bus!e, ou plutôt sa stalue, d’après un dessin intime, pris en nature par quelqu'un connaissant bien et adorant Banville.

« Le dessin a pour auteur Rochegrosse, le beau-fils de Banville. Et c'est bien là le Banville exquis des dimanches, le Banville qui nous recevait assis dans un petit fauteuil canné Louis XV, tenant sur ses genoux la sébile pleine de tabac dans laquelle il roulait son éternelle cigarette, ayant la tête coiffée d’un comique béret de Scara- mouche, ayant à ses pieds son petit chien, un chien chimérique, tout à fait digne de lui, avec les yeux bigles, au regard qui allait vers l'inconnu et vers l'étrange, de petites moustaches au-dessus des yeux, et des cils à travers la bouche, et qu'il appelait d’un nom charmant du xvimn' siècle, « Zinzolin ».

« La statue de Banville à Moulins fut exécutée d'après ce dessin délicieux.

« J'ai eu le bonheur, passant un jour par là, le soir ou plutôt la nuit, de rendre visite à la statue de Banville. Je l'ai fait, comme on doit le faire lorsqu'on va voir Banville, en lui portant des roses, puisque c'était l’un des mots qu'il aimait. J'ai grimpé sur le socle, j'ai mis les roses à ses pieds, devant Zinzolin ; et j'ai vu alors Ban- ville, ainsi qu'il convient de le voir, c'est-à-dire ayant à Îa fois un visage de Pierrot parisien qui semblait aussi un visage de Gille, peint par Watteau, dans « l'Embarquement pour Cythère », et ce- pendant, en même temps, surtout de profil, offrant cette noblesse de type qui faisait irrésistiblement penser à Orphée. Or, à trouver réunis ensemble Pierrot, Gille et Orphée, entre les roses qui étaient à ses pieds et son petit chien « Zinzolin », on avait le vrai portrait de Banville, et complet, puisque ses chères étoiles scintillaient au- dessus de sa tête (1). »

Dans l'hommage qui était rendu à Banville, j'associais le souvenir du sculpteur de talent qui, lui aussi, semblait oublié en ce jour par ses compatriotes, et que, quelques mois auparavant, par une froide matinée d'hiver, j'avais accompagné jusqu’au petit cimetière

d’Ebreuil.

(1) Théodore de Banwille. Conférence prononcée à la « Société des Confé- rences » le {1 mars 1910 (La Revue hebdomadaire, 16 avril 1910, p. 304.)

4

50 SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BounBonnais

Le Bourbonnais cependant peut être fier de Jean Coulon; il fut incontestablement un artiste de valeur ; pour connaître la gloire et la renommée, il ne lui manqua que l'ambition.

Jean Coulon est né à Ebreuil, le 17 avril 1853. Son père, Nicolas Coulon, modeste tailleur de pierres, qui s'était élevé à l'état de sculpteur ornemaniste, travailla à la construction du château de Nades, entreprise par le duc de Morny, puis à la restauration de l'église d'Ebreuil. S'étant fixé à Clermont-Ferrand, il fit élever son fils dans un pensionnat de cette ville. |

Jean Coulon partit pour Paris en 1876 et entra à l Ecole des Beaux-Arts, dans l'atelier du sculpteur Cavelier. 1] y resta trois ans. Son rêve était d'exposer au Salon. Avec les quelques subsides que son père lui envoyait avec assez de parcimonie, car il eût préféré le voir revenir auprès de lui et l'associer à ses entreprises, il s'installa dans l'atelier d'un ami absent de Paris. Une seule pièce, qui lui coù- tait 600 francs de loyer, servait à la fois de logement et d'atelier. Le lit était dans un coin, les outils dans un autre. L'hiver de 1879 fut particulièrement rigoureux, et, malgré la faible chaleur d’un poële, les linges qui enveloppaient la glaise gelaient. Puis, comme si la malchance voulait le poursuivre, son modèle mourut de la fièvre typhoïde ; le mouleur ne voulut pas s'exécuter, il fallut en chercher un autre au dernier moment. Néanmoins, le jeune artiste ne se dé- couragea pas, son avenir élait en jeu, il voulait le succès, et il fit face courageusement aux diflicultés.

Le jour de l'ouverture du Salon arriva, le plâtre avait été exposé sans avoir pu être retouché. Coulon suivait avec angoisse les allées et venues des membres du jury ; son nom se trouvait sur la liste des récompenses de falguière, il n'était pas sur celle de Mercié. La journée se passa en attente, le lendemain Îles journaux annoncèrent que « La Mort de Pyrame » avait obtenu une 3° médaille. Elle avait été grandement remarquée. L'Etat en fit l'acquisition pour le Musée de Dinan.

« La mort de Pyrame fut son début et révéla du premier coup un grand artiste, Pyrame, après le trépas de sa bien-aimée, a résolu de mourir aussi, et le modèle qui le représente, en une attitude tragique, lève le bras pour se percer le cœur d'un coup de son arme. Tel un héros, solidement posé sur ses jambes pour attendre l'agression de

Jean CouLon 5

son adversaire, Pyrame, le buste un peu renversé, est dans l'attitude d’un combattant qui se prépare aux pires extrémités. Sous l'air am- biant, le corps présente toute la souplesse d’un lutteur, toute la grâce juvénile d’un amoureux. Les membres, d'un élégant modèle, rappellent ceux des statues grecques qui sont au Louvre ; d’une aca- démie igréprochable, sans exagération, sans saillies de muscles qui eussent choqué, en ce moment solennel de la mort. C'est bien là, en cette attitude et en cette expression, l'unité et la variété qui constituent la beauté dans l’art. La mort de Pyrame est ün morceau de sculpture parfait (1). »

Jean Coulon avait maintenant les avances nécessaires, il pouvait rester à Paris, où presque chaque annéeil allait exposer avec succès.

En 1883, il produisit au Salon « Flore et Zéphir », magnifique groupe en plâtre, d’un jet poétique de suave et délicat mouvement. Le fugace Zéphir, malgré la douce et tendre étreinte de Flore endor- mie, s'envole de ses bras, tout en posant une couronne de roses sur la tête de sa chère Flore.

L'Etat en fit l'acquisition et l'offrit au Musée de Toulon.

Par ces deux premières œuvres, on se rend comple que l'artiste a cherché à s'emparer des fictions que l'imagination des hommes inventa ; il a voulu adapter la légende à la sculpture.

Continuant dans ce genre, il exposa au Salon de 1884 une statue de plâtre, « La Musique », dans une belle allure qui symbolise l'ori- gine de la musique selon la thèse développée en vers admirables par Lucrèce :

« Æl zephiri cava per calamorum sibilla primum « Agresles docuere cavas inflare ciculas..… »

Dans une pose simple et gracieuse, une jeune femme appuie la main sur une harpe, l'oreille aux écoutes des bruits du vent dans les roseaux qui l'entourent. La reproduction en pierre orne le fronton de Victoria-Hall, à Genève.

Jean Coulon reparut au Salon de 1886, avec un plâtre de beaucoup de goût : « Hébé Cœlestis », qui remporta une 2° médaille, C’est son chef-d'œuvre ; elle méritait plus. Le sculpteur nous montre la som- melière des dieux à demi couchée sur une nuée, la tête voluptueuse-

(4) Gilbert STENGER, « Jean Coulon » (Quinzaine Bourbonnaise, 1898, p. 265).

52 Société D'EÉuuLarion pu BourgonNais

ment abandonnée sous l'aile puissante de l'aigle olympien. L'exécu- tion en marbre fut commandée par l'Etat pour le Musée de Nice.

En 1889, il exposa le « Triomphe de Galathée ». La nymphe de la mer, aimée du cyclope Polyphème, est gracieusement agenouillée sur un triton porté par la vague. Elle soulève les torsades humides de ses cheveux, et de ses bras levés par un geste heurgusement trouvé et plein de charme, encadrant sa tête penchée, ménageant un vide ou plutôt une ombre sur laquelle l'ovale de la joue se détache vigoureusement.

M. Delaigue écrivait alors dans les Annales Bourbonnaises : « D'où que l’on examine ces formes exquises de jeunesse et de pureté, on y découvre des beautés nouvelles, des tours de force répétés. On se sent en face d’un talent très sûr et très fort, d’un grand ta- lent (1). »

Ce plâtre orne une fontaine dans le jardin de l’ancienne villa Coulon, à Ebreuil, aujourd'hui propriété de M. Bourguignon. Malheureusement, il est exposé aux intempéries et l'on peut craindre

une destruction prochaine. Au Salon de 1892, il produisit « Rêve d'amour », œuvre très gra- cieuse et de délicate pensée, à laquelle Armand Silvestre a consacré

les beaux vers suivants :

Viens entendre, sous la feuillée, Les dernières chansons des nids Et les murmures intfinis De la forèt ensommeillée. Tout se taira dans un instant, Sous la grande aile du silence, Qui, dans l'uir tiède encore, balance Des doux rêves l'essaim flottant. — Dans la brise qui pleure, O mon amour, Ecoute passer l'heure Où fuit le jour!

Viens t'enivrer dans la prairie, Au dernier parfum de ses fleurs, Quand l'aube y posera ses pleurs. Plus d’une, hélas ! sera flétrie.

(1) Annales Bourbonnaises, 1889, p. 225.

JEAN CoULOoN

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Sur l'herbe où l'insecte s'endort, L'ombre étend ses premières toiles, Quand, aux cieux, s'ouvrent les étoiles, Se referment les boutons d'or. — Au versant de la plaine, Où vient la nuit, Respire encore l'haleine Du jour qui fuit,

Viens contempler dans la vallée Le dernier éclat du couchant, La lune à l'horizon penchant, De blanches vapeurs est voilée. Et, tous les souffles apaisés, On dirait qu'au bord de la nue, Phæbé doucement est venue Verser la coupe des baisers. — Sous la brise qui pleure, O mon amour, Aimons ! car voici l’heure Où fuit le jour!

Ce plâtre, tout de grâce, de poésie, de sentiment, et de charme, est resté également dans le jardin de la villa de M. Bourguignon. Il a déjà souffert beaucoup.

En 1894, répondant au vœu de Gilbert Stenger, il aidons ses groupes mythologiques, ses Jupiter, ses Ganimède, ses Aurore, pour modeler dans le plâtre et le marbre l'être humain avec ses passions, ses misères ou ses plaisirs ; il s'empara du fait historique avec le « Grand Ferré ».

Tout le monde se souvient de ce paysan célèbre par sa taille et sa force athlétique, héros de la Guerre de Cent Ans. Il se servait comme arme d'une hache qu'un homme ordinaire pouvait à peine soulever. Malade et surpris au lit par douze Anglais, il se lève, prend sa hache, et adossé contre un mur, il fait face aux agresseurs : « Ah ! brigands, leur crie-t-il, vous venez donc pour me prendre au lit! Vous ne me tenez pas encore. » Îl en tue cinqet contraint les autres à s'enfuir.

C'est ce dernier épisode qui a inspiré à l'artiste cette belle œuvre, dans laquelle il a su exprimer si heureusement tout le dédain et toute l'énergie de ce colosse. Il a mis à profit toute sa science anato- mique et une véritable puissance de conception. Le Grand Ferré,

b4 SoctÉTÉ D'EMULATION Du BouRBONNAIS

superbe dans sa nudité, d’une musculature robuste, le regard féroce, plein d'énergie et de vigueur, brandit sa hache redoutable d'un geste bien fait pour inspirer la terreur. Sous ses picds crispés, il piétine un soldat anglais qu'il vient d’abattre.

Ce bronze a été acquis, en mars 1995, parla ville de Moulins, ct il orne actuellement le jardin du Musée.

Enfin, l'heure vint où notre compatriote fut appelé à travailler pour son pays.

En 1895, on lui demanda la statue de Théodore de Banville (1). C'était une tâche périlleuse, pleine de difficultés. Jean Coulon s'en est tiré à son honneur, et j'ai cité plus haut le jugement du maître Richepin. Il a composé une statue fort belle de l'aimable poète, avec son fin sourire, sa physionomie un peu narquoise, avec son visage très ouvert, pétillant de malice, et pourtant plein de bonho- mie. C'est vraiment l'œuvre d'un grand artiste.

La même année, à la demande de son ami Delarue, maire-député, il sculpta la « Patrie en deuil », qui est adossée au monument com- mémoratif de la guerre 1870-71, élevé sur le Petit-Cours, à Gannat.

« De sa main gauche, l'héroïne tient une épée qu'elle appuie à sa poitrine, la pointe en bas, et sa main droite est fermée, crispée, en signe de désespoir. Enfin, pour marquer la douleur, une grande douleur, Coulon a voilé la face de sa statue. Le visage disparaît sous un voile de pierre, ne laissant apercevoir que les parties sail- Jantes, le front, le nez, sur lesquels se colle le large et long tissu dont toute la femme est enveloppée. Les plis, ainsi formés, se sou- tiennent et lui donnent beaucoup de grâce et d’ampleur. En mas- quant son héroïne de ce long voile, l'artiste a-t-il voulu rappeler un usage de notre pays, la coutume des femmes du peuple, qui, dans les jours de grand deuil, se couvrent entièrement la tête pour pleurer ? Îl n’y avait pas que cette manière d'exprimer la douleur. Si notre jeune statuaire a préféré celle-ci, nul doute qu'il n'y ait mis une intention d'ingéniosité, d'originalité, par où notre compatriote cher- che constamment à se distinguer. Assurément cette tête voilée est émouvante ; mais ce qui vaut mieux encore, c'est la belle attifude de la statue, son port de tête fier, ses reins un peu cambrés d'un air de

(1) Inaugurée le 31 mai 18°6, :ous la présidence de M. André Lebon, mi- nistre des Colonies,

JEAN CouLox 55

défi, ce poing fermé qui marque la puissance de la colère et l'espoir de la vengeance. Toute cette œuvre est belle, d’une élégance forte, sans mièvrerie, sans habileté de métier, d'une beauté humaine comme une statue grecque. marquant tout l’acquis du sculpteur, en pleine possession de son talent (1). »

Au Salon de 1901, Coulon exposa le groupe de bronze conçu pour le monument élevé à la mémoire des Enfants de l'Allier, et qui fut inauguré le 2 août 1902, sur la place d’Allier, à Moulins : « Exoriare aliquis nostris ex ossibus ullor. »

Là, ce n’est plus la Patrie voiléc qui pleure sur son épée brisée, c'est la Vengeance qui se dresse au-dessus des morts, sortant de terre au son de sa stridente trompette.

Puis, le 4 août 1904, fut inauguré à Vichy, sur la place de la République, « Le Génie de la République ». Appuyée sur un lion qui plie sous elle, la République symbolise la puissance de l'idée qui courbe irrésistiblement les forces les plus indomptables. Elle tient dans sa main droitcun roseau d'olivier, emblème de la paix. Aux angles du piédestal de granit, quatre femmes sont assises : l'Agriculture, le Commerce, l'Industrie, et l’Art.

Jean Coulon fut vite las de la vie parisienne, il n'était pas one aux compromissions et aux marchandages. Il rêvait d'une vie libre et indépendante. Aussi il était encore dans toute la force de son ta- lent lorsqu'il vint définitivement se retirer à Ébreuil, où il fit élever sur les bord: de la Sioule une coquette villa.

Îl n'abandonna pas cependant complètement la sculpture. À la demande de la ville de Gannat, il fit, en 1909, le monument élevé à la mémoire de son ancien maire, Gabriel Delaruc. Il sut rendre d’une façon très heureuse les traits de son vieil ami et donner à la figure, qui symbolise la Ville, une expression de reconnaissance émue des mieux appropriées.

Puis en 1915 — ce fut sa dernière œuvre — il fit le monument com- mémoratif des morts de la guerre de Saint-Pourçain-sur-Sioule, dont la réplique a été érigée sur l'une des places d’'Ebreuil. La France salue d'un geste large du drapeau ceux qui sont tombés pour elle, et dépose de l'autre main une couronne sur leur tombe.

(1) Gilbert STENGER, « Les artistes Buurbonnais au Salon des Champs- Elysées » (Quinzaine HJourbonnaise, n° du 37 mai 1895).

56 SoctÉTÉ D'EMULATION pu BoURBONNAIS

A côté de ces œuvres importantes, on peut encore citer une statue de saint Louis qui est à l'hôtel de ville de Clermont-Ferrand, et « Le Baptème du Christ », bas-relief offert à l'église d'Ebreuil.

D'autre part, Jean Coulon a faitun grand nombre de bustes :

Le baron de Veauce, sénateur de l'Allier (Salon de 1882);

Alphonse Labussière, député de l’Allier (Salon de 1887);

Gerville-Réache (1892) ;

Schœælcher, sénateur (Salon de 1893), pour le musée de la Pointe- à-Pitre ;

A.-N. Bailly, ancien président de la Société des Artistes français (Salon de 1896), commandé par l'Etat pour l'Institut ;

Hennequin, pour la ville de Gannat';

Henri Regnault, peintre, pour le Lycée Saint-Louis :

Edgar Quinet, pour la ville de Paris, placé au Lycée de filles de la rue des Martyrs ;

Cryé (1899) ;

Maurice Boncorps (1900) ;

Ernest Delaigue (1900) ;

Percilly, architecte (1904) ;

Charles Péronnet, député de l'Allier (1910) ;

D" Desfilles, médecin à Bellenaves, ancien déporté du Deux- Décembre ;

Capitaine Amédée Meunier (1918) ;

Etc., etc.

Enfin, il a fait aussi des modèles pour la céramique (la Jardinière et la Nuit, exposées chez Georges Petit, et qui obtinrent le plus vifet le plus légitime succès ; une salle de bain pour la comtesse de Gaunay) ; des grès flammés et des étains d’une invention charmante et d'un goût exquis.

Une faible partie des œuvres de Jean Coulon aurait suffi à l'illus- tration de beaucoup de ces hommes qui savent allier le souci de leur personnalité au culte de leur art. Il aurait pu faire une carrière brillante, la voie de la renommée et de la fortune lui était ouverte. Mais c'était un modeste qui fuvait les vains enivrements des répu- tations faciles et transitoires que la presse de notre époque distri- bue si facilement à des artistes médiocres qui survivent à leurs œu- vres. [ne rechercha pas les récompenses. C'est en vain que ses

JEAN CouLoN | . 57

amis sollicitèrent pour lui à plusieurs reprises le ruban rouge. Il n'était pas même officier d'Académie.

En 1894, le conseil général de l'Allier lui avait alloué le legs Robichon.

En mai 1904, les électeurs d'Ebreuil, fiers de leur compatriote à juste titre, et qui appréciaient ses qualités morales, l'appelèrent au conseil municipal, où il siégea jusqu’à sa mort.

Puis ses collègues le déléguërent dans les commissions adminis- tratives de l’hôpital et du bureau de bienfaisance. Le conseil dépar- temental de l’Instruction publique le choisit comme délégué can- tonal. | |

Dans ces diverses fonctions publiques, il fit preuve du plus entier dévouement. Sous une écorce rude, et avec unc franchise parfois brutale, Jean Coulon cachait tn cœur d’or. Son attachement à ses amis était absolu.

Atteint d'un mal qui ne pardonne pas, il abandonna, au printemps de 1922, sa délicieuse résidence d’Ebreuil, pour aller à Vichy cher- cher, sinon la guérison, tout au moins le soulagement. C'est là qu'il s'est éteint le 5 janvier 1923.

Le nom de Jean Coulon restera gravé parmi les gloires du Bour- bonnais, et sa petite patrie conservera fidèlement sa mémoire.

JOSEPH VIPLE.

CROLLT DS SOLE DES DLL DCLAS DC ERSES

CAISSE DES FOUILLES

Au présent Bulletin est joint un imprimé de chèque pos- tal. Ceux de nos collègues qui acceptent de participer à la Caisse instituée par la Société d'Emulation pour subven- tionner les fouilles et recherches archéologiques dignes d'être encouragées et poursuivies dans le département de l'Allier, sont priés d'utiliser cet imprimé pour faire parvenir au Trésorier leur cotisation volontaire.

NELELIELI TELE Er% 13

BIBLIOGRAPHIE

Madame de Sévigny en Bourbonnais. Ses séjours à Vichy et à Bourbon-l'Archambault, par Genès PraDer. Édition du

Tri-Centenaire. Montluçon, grande imprimerie du « Centre », 1926. 240 pages.

Dans ce livre, bien imprimé et bien présenté, M. Genès Pradel a réuni les quatre conférences qu'il a données aux « Amis de Montlu- ‘çon » en 1914, en 1921, en 1923 et en 1924. Mais le texte est accom- pagné d’une quantité de notes qui attestent avec quelle érudition et avec quelle conscience, l'auteur a accompli son travail. Il ne reste certainement plus rien à dire sur les différents séjours de M"° de Sévigné en Bourbonnais : M. Pradel a complètement épuisé le sujet qui jusqu'ici n'avait été qu'effleuré.

Mne de Sévigné a séjourné à trois reprises dans notre province. Elle y vint pour la première fois, en mai 1676, pour soigner à Vichy un méchant rhumatisme dont elle souffrait depuis plusieurs mois. La cure fut excellente, mais non parfaite. M"° de Sévigné y trouva un grand soulagement mais von la guérison complète. Elle revint à Vichy, en septembre 1677.

Après quelques années d’une santé excellente, la marquise éprouva de nouveau Îles douloureuses atteintes d’une crise rhumatismale. Elle se décida alors, en septembre 1687, à partir pour Vichy, dont elle avait apprécié les bienfaits. Mais, en cours de route, à Nevers, brusquement elle résolut de se rendre à Bourbon. Elle se trouva fort bien de sa cure dans cetle seconde station ; toutefois elle n'en rapporta pas la même impression enthousiaste que de Vichy. Et cependant Bourbon était alors la station à la mode, et l'emportait de beaucoup sur Vichy comme luxe ct renommée. Le pays ne lui ‘plut pas, et le cérémonial la fatiguait. Cependant elle unit dans ses éloges les eaux des deux rivales.

B1BLIOGRAPHIE | 59

M"° de Sévigné raconte dans ses lettres, avec une grande abon- dance de détails, la vie qu'elle mène dans ces deux stations, les distractions qu’elle y trouve, le traitement qu'elle y suit. Nous savons par elle ce qu'était à Vichy et à Bourbon une cure vers la fin du xvini siècle.

Elle avait aussi des amis en Bourbonnais ; d’abord cet excellent abbé Bayard, propriétaire du château de Langlard, dont elle vente l'hospitalité ; puis la famille du surintendant Fouquet, exilée à Pomé. Ellene manque pas de rendre compte des visites qu’elle Jeur fait à l'allée ou au retour. En passant à Moulins, elle accomplit un pèlerinage dans la chambre où sa sainte aïeule, la mère Chantal, avait rendu le dernier soupir.

Le livre de M. Genès Pradel, fort bien écrit, parfaitement docu- menté, a sa place dans toutes les bibliothèques bourbonnaises. En nous faisant connaître tout le bien que l'illustre écrivain du xvn* siècle pensait de notre province, toute l'affection qu'elle lui porlait, il nous amène à l'aimer davantage.

o

JOosEPH VIPLE.

La Forêt de Tronçais, par MM. Jacques Cuevazter et G. Rarri- GNOx. Limoges, 1922. Imp. Ducourtieux. 5 francs.

Cette notice descriptive et historique de la Forêt de Tronçais est extraite de L'Arbre ct l'Eau, congrès de Montluçon en 1912. Dans la première partie, dont s’est chargé le distingué professeur de l'Université de Grenoble, c’est toute l'histoire de Troncçais qui nous est magistralement présentée, de Troncçais dont, vers 1406, le poète Henri Baude faisait déjà mention dans une épiître «à Mgr de Bour- bon, connestable de l'rance » :

Le Pays.

Est le plus plaisant que je voye: Villes et chasteaux bien empoinct, Où l’on démène toujours joye, La belle Forêt de Tronsoye,

Bon aer, peuple doulx et humain;

de Tronçais dont Nicolas de Nicolas dit, un peu plus tard, qu'elle est Qç une des jlus belles forêts de France selon sa grandeur » : du

60 SocIÉTÉ D'EMULATION pu BouRBoNNAI

Tronçais, enfin, que nous connaissons, avec ses 10.000 hectares et ses beaux géants, spécimens rares d’unc flore tricentenaire.

En une suile de chapitres, l’auteur étudie : la contenance origi- nelle du massif ; essartements et usurpations ; la délimitation de 1670 : la forèt, centre de vie sociale et économique : les ouvriers du bois ; les forges de Troncais. Puis c’est une description de la forêt au point de vuc artistique, ct la conclusion logique : ce que nous devons faire, respecter le passé el assurer l'avenir. La forêt est belle et utile !

Dans sa « Description de Tronçais au point de vue forestier », le très regretté M. Raffignon qui, mieux que personne, connaissait et aimait « son » Tronçais, étudie les aménagements successifs de Ja forèt, les opérations culturales et les modes de repeuplement usités à ‘Troncais, l'exploitation pendant la guerre, pour en arriver, lui aussi, à la même conclusion que M. Chevalier : Ja nécessité de porter la révolution à 210 ans, pour prolonger ce qui reste de nos gros bois.

Au point de vue de l'illustration, l'ouvrage se complète d’une carte de Troncçais d’après l'Administration des Forêts, de quelques photos des géants fameux : Apollon (Morat, 260 ans), les Epoux (280 ans), les Jumeaux (300 ans) ct des vucs pittoresques des étangs el de jolis coins de futaies, M. G.

ce

D' A. MorLET. Supercheries des prêtres d’Apollon, dieu de la médecine. Paris, Masson, éditeur, 1925.

Notre confrère, M. le D' Morlet, a donné à la Presse Médicale (n° 94, 25 novembre 1925) un article consacré aux supercheries employées par les prêtres d’Apollon, « le grand témoin à qui rien n'échappe », Il rappelle les pratiques auxquelles avaicnt recours, pour leurs oracles, les desscrvants du temple de Polignac (Haute- Loire), mais s'étend surtout sur l'usage tout à fait spécial de ce petit buste d’'Apollon, couronné de lotus, conservé au musée de Moulins. Le socle recevait, par un guichet aménagé à cet effet, les suppliques des fidèles, dont un double fond permettait aux desservants de prendre connaissance pour préparer la réponse du dicu qui, sans eux, serait resté muet et sourd aux souffrances humaines.

BiBLiocraPiiE 61

de

JE. Macxe. Madame de La Fayette en ménage. Editions Emile-

Paul frères. Paris, 1926.

La première partie de cet ouvrage, qui intéresse particuliè- rement notre province, est consacrée à la famille Roche de la Vergne, famille de petite noblesse de robe originaire de Man- tes, et à l’enfance et à la jeunesse de Marie-Madeleine Roche de la Vergne.

Celle-ci épousa, le 15 tévrier 1655, en l’église Saint-Sulpice, le comte François de La Fayette.

« Avec orgueil, de père en fils, dit M. Magne, les Motier, sel- gneurs de La Fayette, contemplaient leur arbre généalogique plongeant si profondément ses racines dans le trouble moyen âge que, malgré leurs enquêtes, ils ne parvenaient pas à en dé- couvrir l'extrémité. » La famille de La Fayette avait son ber- ceau en Auvergne. Au xv° siècle, elle possédait de grands biens en Auvergne, en Bourbonnais, en Forez, en particulier le floris- sant comté de Pontgibaud. En 1543, Jean Motier de La Fayette, seigneur d’'Hautefeuille, épousa Françoise de Montmarin, qui lui apporta les terres de Nades, Lalizolle, Chouvigny, Espi- nasse.

Nades, Lalizolle et Chouvigny, communes du canton d'E- breuil, dépenduaient alors du Bourbonnuis. Espinasse, commune du canton d’Iscurolles, était une enclave auvergnate. Le fief ressortissait de la prévôté de Cusset.

Ce Jean de La Fayette fut un des plus intrépides parmi les chefs catholiques de son temps. Il chassa les huguenots de Ne- vers et prit la ville de La Charité qui était une des plus fortes places. Il commandait une division des troupes de Saint-Hérem à la bataille de Cognat (6 janvier 1568) où les catholiques fu- rent battus. Il y trouva la mort, et son château d'Hautefeuille situé tout proche fut pris, pillé et détruit par les protestants.

Son fils, Claude Motier de La Fayette, connut la gène que les guerres de religion léguërent alors à tant de fmilles nobles. Il dut se mettre à la solde des princes lorrains, gouvernant en leur nom le duché de Mercœur. Il eut neuf enfants, qui reçu- rent tous une excellente éducation, et 1l put laisser à l’uîné, Jean, ses terres intactes.

62 Soctété D'EMuLaTION pu BourBonNnAis

Celui-ci dut, comme tout grand seigneur de cette époque, em- brasser la carrière des armes, mais il fut surtout un érudit et un savant, se plaisant dans les académies et les milieux intel- lectuels. Après avoir exercé quelque emploi d’officier à Paris, puis séjourné en Provence plusieurs années, auprès du maréchal de Vitry, dont il était l’intime, il vint se fixer dans ses domai- nes, alternant entre Nades et Espinasse. Là, pour occuper ses loisirs et arrondir ses revenus, il se plongea dans la procédure et engagea une instance pour reprendre la terre de Pontgibaud. Les procès sont toujours longs. Il mourut, en décembre 1651, laissant à ses quatre fils, avec l’espoir de recouvrer la riche sei- gneurie, ses biens grevés d'assez lourdes dettes.

François de La Fayette, qui épousa Marie-Madeleine Roche de la Vergne, était l’ainé. C'était un grand honneur pour celle- ci d'entrer dans une telle famille. Cette union faisait d’elle une « haute et puissante » comtesse. Mais il semble bien qu’elle était un peu disproportionnée. Marie-Madeleine Roche de la Vergne avait 21 ans; c'était une demoiselle fort fière, fréquen- tant les salons littéraires tant à la mode; François de La Fayette avait près de 39 ans et était déjà veuf depuis 11 ans. C’était, d’autre part, un timide qui ne se plaisait que dans la solitude de ses terres.

Le jeune ménage séjourna à Nades, de mars 1655 à mars 1656: puis à Espinasse, d'août 1656 à janvier 1653. Deux cha- pitres importants du livre sont consacrés à ces deux séjours. M. Magne essaye de reconstituer la vie que M"*° de La Fayette dut mener alors dans ces deux manoirs. Nades, situé au milieu des bois, sur le plateau dominant les sauvages gorges de la Sioule, présentait un médiocre confort à la coquette parisienne. Le château d’Espinasse, bâti sur une large esplanade d’où la vue s’étendait sur l’opulente Limagne, était mieux aménagé. C'était la résidence préférée des La Fayette, un certain luxe y régnait. L'élégante précieuse n’y trouva que le plus mortel ennui. Pour elle, Espinasse n'eut pas plus de charme que Na- des. Appelée à Paris pour des réglements d'affaires, elle laissa bientôt son mari regagner seul ses domaines et elle organisa le décor définitif d’une vie qui, dès lors, appartient à l’histoire des lettres, mais n’intéresse plus notre province.

BisziocrarPttiE 63

Si nous ne pouvons avoir pour M”° de La Fayette la même reconnaissance que pour son amie M"° de Sévigné, qui a su louer si aimablement notre province que nous la considérons un peu bourbonnaise par adoption, nous devons rendre un sin- cère hommage à son historien, M. Emile Magne, qui, par les pages charmantes qu’il a consacrées à notre pays, a réparé l’in- différence de son héroïne.

JOSEPH VIPLE.

ce

G. Bruer. L'Inventaire scientifique et économique du Moyen: Niari.

Notre sympathique vice-président, M. G. Bruel, administra- teur en chef honoraire des Colonies, correspondant de l’Acadé- mie des Sciences Coloniales, vient de faire paraître, sous les aus- pices du Comité de l’Afrique française, une brochure intitulée : « L’Inventaire scientifique et économique du Moyen-Niari ». Les 110 pages de cet ouvrage nous donnent un programme de mise en exploitation de cette région, susceptible d’intéresser les milieux finaneiers, commerçants, agricoles et miniers. Avant toutes choses, où est cette région: en bordure du Niari- Kouiïlou, un fleuve, au nord du Congo. Les points extrêmes sont d'un côté Pointe Noire, de l’autre Brazzaville, qu’une ligne ferrée, en cours de construction, ne tardera pas à unir.

Après un rapide historique, M. G. Bruel examine successi- vement la triangulation de la région, son elimat, la géologie, dont l’importance est grande en raison de nombreux gîtes mé- tallifères, l’orographie, l’hydrographie, la végétation, la faune, l'agriculture, la préhistoire, l’anthropologie, l’ethnographie, les langues, la démographie et les maladies. L'ouvrage se ter- mine par un exposé de méthode coloniale à suivre pour obtenir un rendement des richesses de ces contrées.

M. G. Bruel a montré, une fois de plus, ses grandes capaci- tés de travail, auxquelles la Société d’Emulation est heureuse de rendre hommage. sy E. CAPEIIN.

SX AE: | eme FAT <a

LL + ss is

NOS CONFRÈRES M. Ferdinand CLauDoN, archiviste de la Côte-d'Or, ancien archiviste de l’Allier, membre honoraire de notre compagnie, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur.

% M. S.-E. LassiMonNe, président de la Société scientifique du Bour- bonnais, est nommé officier d’Académie.

M. Jacques CHEvaLier fait en ce moment, à Grenoble, une série de conférences sur Bergson, qui obtiennent un succès considérable.

MONUMENTS Au cours des derniers mois, un certain nombre d’édifices HISTORIQUES bourbonnais ont été l'objet de décisions de la part de l'administration des Beaux-Arts :

1° Ont été inscrits sur l’/nventaire supplémentaire : l’église d'AGONGES (27 juin 1975) ; à MonTLuçon : la fenêtre du xinc située au 2° étage de la maison du Doyen et la voûte du passage du Doyenné (13 janvier 1926) ; à SouvicnY : la galerie du cloître, la salle capitulaire, la façade extérieure Nord du x11‘, la façade occidentale du xvinr, avec la construction sur- montant la porte du prieuré (6 janvier 1926); à SAINT-PIERRE-LAVAL : la croix sur la place de l'Eglise (19 mai 1925) ; à Pouzy-MésanGy, l’église (30 avril 1925).

2° Ont été classés comme Monuments Historiques : à Monroe, le don- jon et le puits de GAYETTE, (juillet 1925); à Mouzis (hôpital Saint-Joseph) : la clôture séparant les fidèles des malades ; la balustrade de clôture au pre- mier étage de la tribune (xviit); la clôture d'escalier de la salle des mili- taires (milieu xvie) ; à la pharmacie, deux étagères de pharmacie, bois sculpté, xvii* et XV111° (9 juin 1925).

BEAUX-ARTS Le 2 décembre 1925, à l’hôtel Drouot (vente de la collec-

| tion de Mme E.-T. de S...). un paysage d’Harpignies : les Bords de l'Allier, de dimensions importantes, 1M,00 X 0®,73,quiavait obtenu 8 000 francs à la vente Michel Peïlerier en 1922, a été adjugé 11.200 francs.

RÉGEMORTES.

EANSES D

PROCÉS-VERBAUX

SEANCE STATUTAIRE DU 1® MARS 1926

Présipexce DE M. Le D ve Brio

— Etaient présents : M®° Moxceau. MM. Amédée Banner, Box, Georges Bauez, Burior-Danrsires, Capsuix, CHaMBRON, FROBERT. Gaurier. GÉNERMONT, abbé Laroque, Locaxox, Mizcevr, D' Mox- CEAU, Monaxp, D'ORsO DE MaRCHOVELETTE, SaBatier, lieutenant- colonel pe Saint Hiicrer. TIERSONNIER, Vie,

— Excusés : MM. le chanoine CLémevr. be VERRIÈRES.

— Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.

— M. Froserr expose la situation pécuniaire de la Société, et, après avoir établi une’ balance entre les recettes et les dépenses, arrête un projet de budget, qui est immédiatement adopté.

COMPTES DE GESTION 1925

RECETTES

Solde en Caisse au 1er janvier 1925, . . . Fr. 3.337 30 225 Cotisations à 20 fr. . . . . . . 4.500 »

68 — & LOF, 424 à ut, à: x 660 » 5.472 »

14 Abonnements à 20 fr. , . . . .. 280 » \

2 LES àa16 fr. . . . . . . 32 »

1 vente collection complète du Bulletin. . . . 621 » Subvention de la Ville de Moulins . . . . . . . 300 » Intéréts de l'Avoir . . . . . . . . . . . ... 989 20

Ensemble pour l’année. . . . . . . . . . 7.382 20 ci 7.382 20

Total pour l'année. . . . . . .. + | 10.719 50

66 SoctÉTÉ D'EMULATION Du BouRBONNAIS

Report des Recelles . . . . . . .. 10.719 50 DéPExses Bulletin et gravures. . . . . . . . . ... Fr. 1.051 » Frais de recouvrements et de bureau. . . . .. 589 85 Bibliothèque et chauffage. . . . . . . . . .. 270 40 Gens de service. . . . . . . . . . . . . . .. 220 » Dépenses imprévues. . . . . . . . . . . . . . 354 55 Ensemble pour l’année. . . . . . . . .. 8.490 80 Au fonds de réserve (art. XII des statuts). . . . . 99 70 Total des dépenses. . . . . . . . . . . . 8.590 0 vi 8.590 50

Solde en caisse au 31 décembre 1925. . . . . . 2 129 »

ETAT DE L'ACTIF DE LA SOCIÉTÉ AU 3! DÉCEMBRE 1925

Valeurs mobilières : 7 ob. P.-L.-M. Fusion ancienne à 205 50 — 1.438 50 [ir — 9 _— Fusion nouvelle à 191 » — 1.719 »

" _— 18 ob. Crédit National 19233 . . à 370 » — 6 660 » Espèces en caisse : Caisse d'Epargne, .. . . . . .. 206 65 _ En Caisse. . . .. . . . . . . ; 92 129 »

Fonds de réserve... ..... .. . . . . . .. 585 04 Bibliothèque, . . . . . . . . . . . . . Dr. 160.000 » MeuDIeSr : 45 nu 2 Lou LES Lee Re es 4.007 »

PROJET DE BUDGET POUR L'EXERCICE 1926

Recerres 250 Cotisations à 20 . . . . . . . . Fr. 5.000 » 70 — 4 SR EE 700 » 14 Abonnements à 20 . . . . . . . .. | 280 5: 2 = + CAGE. 3e à Ga bu à 32 » Vente de Bulletins. . . . . . . . . . . . Intérêts de l'Avoir . . . . . . . . . . . 719 » Publicis see aie ss 600 » Subvention de la Ville de Moulins . . . . 300 TOTALE Le RSI D 1.031 » DÉPENSES HUE: LA SES LS ÉA STARS 6.180 » Frais de recouvrement et de bureau. . . . 5SO » Bibliothèqgne et chauffage . . . . . . . . 275 » Gens de service, . . . . . . . . . . . . 220 » Dépenses imprévues, . . . . . . . . . . 200 »

PRocÈs-VERBAUX 6?

2 a —————— ———_— ——— me

Au nom de tous, M. le Président remercie notre trésorier.

— M. Sxsariër propose l'envoi d'une circulaire faisant connaître au public la possibilité de recevoir des dons et des legs que possède la Société depuis qu'elle est reconnue d'utilité publique.

M. G. Bauer demande qu'un modèle de legs soit publié de temps à autre dans le Bulletin, afin que nas membres puissent connaître la formule à employer.

Ces deux propositions sont admises à l'unanimité.

— Mie Moxceac, agissant au nom de M. Emmanuel Vidal, rue Meissonnier, 4, à Paris, donne à la Société la somme de 100 francs. destinée à l'impression du catalogue de notre bibliothèque. Si, par impossible, le catalogue ne s'imprimait pas, cette somine irait à la caisse des fouilles. |

La Société remercie M. Emmanuel Vidal et serait désireuse de voir son geste généreux trouver de nombreux imilateurs.

— M. Cnamprox signale que la Société d'Agriculture a fait un don de 100 francs à la caisse des fouilles.

— M. le Présinexr donne un résumé d'articles parus daus diverses publications :

« Dans la première livraison du Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, année 1924. se trouve. à la page cat. la communication faite au congrès des Sociétés savantes de Dijon, séance du jeudi 24 avril. de la curieuse serpette de faucon- nier aux armes de François Chabert et de sa femme Catherine de Sillv, par M. Hubert Gautier. Cette serpelte nous avait été présentée par notre collèzue M. Gautier à une réunion de 1923 : il en fait mention à la page 466 du Bulletin.

u Page 141 du même fascicule, Nos collègues trouveront la relation très intéressante des fouilles et découvertes faites à Ütique par M. l'abbé J. Moulard. Ces fouilles ont été faites dans la propriété de MM. Jean et Jacques de Chabannes la Palice. nos compatriotes. Ceux d'entre nous qui ont eu Île plaisir d'entendre M. l'abbé Moulard à Bellenaves. seront heureux de retrouver les détails de sa très intéressante conférence.

« Note extraite d'un article intitulé : « Le Prieur des Ternes ». par J.-B.-L. Roy de Pierrelitte, doyen de Bellewarde, datée du 2ÿ août 1863.

68 SOct1ÈTÉ D'EMULATION pu BouRBOoNNAIS

es Ée _ Le ne — ne ——— - ee mm 2 as Gi dater lent SE JS 2e —.——

« Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse. Tome IV, premier Bulletin, 1863, page 73 :

« Par ordre du pape Clément VI, Roger des Ternes fit à Souvigny, « au diocèse de Clermont, le 21 juin 1345, en présence de plusieurs « prélats, la translation dans un reliquaire du corps de saint Odilon. « et il assista aussi dans le même monastère à l'élévation des reli- « ques de saint Mayeul. »

Sources : Labbe, Gallia christiana, Gall. christ. nova, Martem, Mabillon, Bolandistes, Baluze, etc.

« Roger Lefort des Ternes, fils de Gaudefroy du Gay et de N., sœur du cardinal Guillaume de la Chapelle Taillefert, archevêque d'Evreux ou d’Avranches, doyen de Saint-Yrieix en Limousin 1314, doyen de Bourges 1317, évêque sacré de Bourges 13 juin 1321, de Limoges 1329, de Bourges 1343, mort 1°" mars 1369.

« Source : Biographie de l’évêque Roger Lefort, copie de Nadaud.

« Nous avons reçu, par voie d'échange. Genava, Bulletin du musée d'Art et d'Histoire de Genève, III, 1925, in-8°, 358 pages, très bril- lamment décorées de nombreuses planches et figures dans le texte. Rien à relever touchant le Bourbonnais, mais certaines études doivent fixer notre attention. notamment : le port gallo-romain de Genève, p. 85; les sculptures chrétiennes découvertes à Saint- Germain-Genevois, p. 105 ; le calice d'argent du musée de Genève, par L. Bréhier. p. 111 ; les cloches du canton de Genève, mono- graphie dont une partie a paru dans le n° 2,p. 121; la restauration du retable de Conrad, Witry, p. 308.

« Nous avons reçu le Bulletin n° 5 (janvier-juin) de la publication qui porte le titre: Académie des Beaux-Arts, Institut de France. Prix de l'abonnement 20 fr., 152 pages. 48 gravures.

« M. Maurice Roy a fouillé la Tour de Villebras, commune de Villeroy. Tour romaine mesurant 6",80 de diamètre extérieur et 4®,20 intérieur. Dimensions très analogues à notre tour du Peu- Nemin, à Montaigu-le-Blin. (Soc. Arch. Sens,t. XXXTIT. 1925, p. 214.)

« Société des Anliquaires de Picardie. Fondation Edmond Soyez, « La Picardiehistoriqueet monumentale, arrondissement de Péronne, « canton de Ham. »

« Notice par MM, Philippe des Forts, Camille Enlart et Roger

ProcÈs-VERBAUX 69

ee ren nn AS *

Rodière, Paris-Amiens, 1925. T. VI, n° 2; canton de Chaulnes, par Georges Durand et Camille Enlart ; Combles, par Georges Durand.

« 19 planches: 7 pour Ham (3 pour l'église abbatiale, 2 pour le château, 1 pour le château-fort, 1 pour l’ancienne abbaye et le bef- froi:; 1 pour Athies: l'église; 1 pour l'église de la Croix-Moli- gneaux:; 1 pour l'église de Monchy-Lagache; 1 pour l'église de Sancourt; 1 pour l'église de Framerville: 2 pour l'église de Herle- ville : 2 pour l’église de Lihons : 1 pour l’église de Vouvilliers: : Lpour l'église de Turlus. Le texte comprend 110 pages (119-229).

« Le canton de Ham, dont la notice a été rédigée par MM. Phi- lippe des Forts, Camille Enlart et Roger Rodière, comprend 60 pages et 32 planches dans le texte.

« Sont décrits les monuments religieux et militaires de Ham, de 119 à 159. avec 11 vues; puis les paroisses d'Athies, Brouchy, Croix-Moligneaux, Devise, Douilly, Ennemar-en- Eppeville, Esmery- Hallon, Estouilly, Maligny. Monchy- -Lagache, Ofrroy, Sancourt et Tertry.

« Le canton de Chaulnes, décrit par MM. Georges Durand et Camille Enlart, va de la page 177 à la page 219. soit 42 pages et 28 planches dans le texte.

« Les monuments décrits et figurés appartiennent à Chaulnes. Ablaincourt, Assevillers, Belloy-en-Santerre, Foy-en-Santerre, Fou- caucourt-en-Santerre, Framerville, Fresnes-Mazancourt, Herleville, Lihons-en-Santerre. Proyart. Puzeaux, Soycourt, Vauvillers, Ver- mandovillers. | | |

« Le canton de Combles, par M. Georges Durand, 8 pages et 6 planches.

« Nous avons reçu (service de presse), de la baie Fischbacher, 33. rue de Seine :

« J.-B. Faure, par Henri DE Curzox, avec hommage de l'éditeur. 1 vol. br., in-8”, 177 pages, 16 portraits.

v J.-B. Faure, notre compatriole par la naissance, revit sous la plume de M. de Curzon, qui en fut un adinirateur passionné. Né à Moulins. le 15 janvier 1830, dans la rue François-Péron, d'un père qui portait le surnom de « gosier d'acier ». le grand artiste eut des débuts assez difficiles : au point d'avoir été un moment réduit à mauwner sa vie cermme souffleur d'orgue; mais son travail. son cénic

70 SocréTÉ D'EmuLariox Du BourRBoNNaIis

SE ——— © —Ù————————

de la musique, triomphèrent de tous les obstacles, et c'est au milieu d'une voie semée de triomphes que son biographe nous le montre gravissant à grands pas les échelons d'une belle vie artistique : Le Chalet, Les Huguenots, L''Africaine, Faust, La Coupe du roi de Thulé, et bien d'autres, marquent ses étapes glorieuses. Nous devons un mot de gratitude à l’auteur et à l'éditeur, qui ont fixé les instantanés de cette gloire fugitive, dont quelques rayons auréolent notre vieux Moulins, |

a Revue .}abillon, 2° série, n° 21, janvier 1926. La chronique bibliographique consacre une notice au travail de M. le chanoine CLémenr : Montluçon et ses richesses d'art, p. 31. Elle signale l'ar- ticle sur le Prieuré de Saint-Mayeul au Veurdre, et celui sur les édi- fices religieux visités lors de l'excursion du 10 juin 1925, du même, p. 35, et donne une analvse de l'excellent travail de M. Hubert Gautier, sur les documents d'archives du « Grand Prieuré du Val- des-Choux ». au dépôt départemental de Moulins. L'article se ter- mine par cette phrase: « C'est la meilleure étude qui existe sur ce « groupement monastique, et 1] serait à souhaiter que M. Gautier « pat lui donner dans la suite de plus amples développements. »

« Dans le Bulletin Archéologique de la Société de Tarn-et-Garonne, tome LIT, année 1924. Etude très remarquable de M. Pierre Viguié, sur le comte de Guibert. Le chapitre 3. page 32, intitulé : « Le Connétable de Bourbon », est le récit de la première de cette pièce devant la cour à Versailles, et de la répercussion sur l'amante de l'auteur, Julie de Lespinasse.

«a Reçu le numéro de février 1926, du Bourbonnais de Paris.

« À signaler : le « Cartoscope », appareil qui permet de projeter sur l'écran, non plus des clichés photographiques transparents, mais les images, cartes postales, épreuves photographiques ou vues des objets. Présenté par l'inventeur, M. l'abbé Tauleigne, à la séance du 10 janvier 1932, de la Société archéologique de Sens (Bulletin, tome XXXII, Sens, 1925, page 173). »

— [l'est procédé au dépouillement de la correspondance : _— Lettres : De M. Augustin Berxarp, relative aux inscriptions de Glozel. M. Salomon Reinach croit à un faux. M. Jullian est très inté- ressé et croit à une écriture ilaliote, d'ailleurs indéchiffrable. Tout le monde est d'accord pour dire qu'il ne peut s'agir d'une écriture sémitique ou lÿbique. |

ProcÈs-VERBAUXx 71

om mm mm mme» tt Med e ne ——_—

— De M. Maurice LereLcier, rue des Saint-Pères, 27, Paris, demandant si le château de l'Ours, actuellement en ruines, a bien appartenu au connétable de Bourbon.

— De M. LePrarT. répondant à cette question : « Moi et mon petit-fils. Pierre Pradel, ne voyons pas pourquoi le château de l'Ours, qui est un des plus anciens châteaux de la région et qui n'était vraisemblablement pas grand'chose au commencement du xvi* siècle, n'aurait pas appartenu au connétable, possesseur à la fois du Bourbonnais et de la Marche.

« Bien que nous ne connaissions aucun document à l'appui de ce que nous avançons, cela nous semble de toute évidence. »

— Du comte pe LacaRELLe, faisant remarquer qu'il existe un autre château de l'Ours, commune de Joze, canton de Maringues (P.-de-D.;.

Il serait peut-être intéressant de consulter Brunet, nommé par de Laguérenne dans le Bulletin de la Société d’Emulation, page 94, année 1850, au sujet des sociétés de Montluçon.

— Lettre de M. Wazcruer :

« Monsieur le Président,

« Je viens de recevoir et de lire le Bullelin de la Société.

« En sollicitant l'avis de la commission — dont je n'ignorais pas l'opinion en ce qui concerne l'emplacement de Gorgobinam — sur mon travail ayant trait aux marches de Jules César et sur la capitale des Boïens, j'adhérais par cela même aux critiques qui seraient formulées, mais ne renonçais pas aux conclusions que je tirais des Commentaires.

« Je me rappelle, lorsque je faisais ma quatrième classique, que je n'ai jamais voulu considérer comme intangibles les diverses notes de l'ouvrage que l’on mettait entre nos mains.

« En toute conscience, après avoir élaboré tout un échafaudage d'aryuments pour fixer à Cordes la capitale des Boïens, je me refu- sais le droit de placer celle-ci en un autre lieu que celui qui décou- lait de mes conclusions. |

« Pour l'instant, le problème reste donc en partie à résoudre : espérons que du sol. un jour, jaillira la lumière, et c'est l'œuvre à laquelle je veux me livrer.

« J'avais sollicité la faveur de voir licurer sur le Bulletin le résumé

72 SoctÉTÉ D'EMULATION pu BourRBONNAIS

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que j'avais préparé —- résumé qui n'engageait que son auteur, — et j'ai vu avec regret que cette satisfaction m'avait élé refusée... » |

— Bulletin de souscription à l'ouvrage intitulé : Le château («le Montluçon, par Pierre Pranez-Leprar, archiviste-paléographe.

Cet ouvrage formera un volume in-8° de &o pages. accompagné de 6 planches hors-texte et de 22 illustrations. Tirage à 200 exem- plaires numérotés sur papier vélin teinté. à 30 francs.

— M. Sasarier présente à l'assistance une hache en pierre polie, de l'époque néolithique, trouvée sur le territoire d'Aurouër.

— M. Burior-Dansises lit une lettre de M. de Nolhac, disant qu'il n'a pas fait ses études à Yzeure, mais qu'il y avait un cousin, du même nom, exerçant les fonctions de supérieur.

M. Buriot-Darsiles fait circuler un des volumes de l'Antholoyie des écrivains lués à la querre, où figurent Jean Duflos, Anatole Mé- plain, Pierre Flament, de Champfeu, etc.

Certains membres seraient désireux de voir la Société souscrire à cet ouvrage. Ïl en est ainsi décidé.

— M. Capeunx lit une notice bibliographique, consacrée au récent ouvrage de M®° J. d'Orliac : « Anne de Beaujeu, roi de France », que le Bulletin publiera. ;

M. Muicer lit alors un passage du livre de M"° d'Orliac, qui contient le discours de.Philippe Pot, sire de la Roche, sénéchal de Bourgogne, aux Etats Généraux de Tours (15 janvier 1486). discours contribua à faire décider que le Sire et M” de Beaujeu continueraient à avoir la garde et le gouvernement de Charles VIIL durant sa minorité, et cela malgré les désirs du duc d'Orléans et des princes, qui auraient voulu assurer la régence.

M. Milcent attire ensuite l'attention sur la doctrine des Etats Gé- néraux d'alors, qui se résume dans ces phrases caractéristiques : « Les flatteurs seuls attribuent la souveraineté au prince. N’avez- vous pas lu souvent que l'Etat est la chose publique? La chose pu- blique n'est que la chose du peuple ; c'est lui qui l’a conférée au Roi. Ceux qui l'ont possédée de tout autre manière, n’ont pu être réputés que des tyrans ou des usurpateurs du bien d'autrui. »

La note de M. Milcent sera publiée in extenso dans le Bulletin.

— M. Georges Brauez remet, de la part de M"! veuve Henri Lausse- dat, un opuscule de 12 pages, édité chez Crépin-Leblond à Moulins.

PROCÈS-VERBAUX 73

reproduisant les discours prononcés à Royat, le 1° juin 1925, lors de l'inauguration de la « Galerie Laussedat », qui complète l'éta- blissement thermal. Ces discours sont de M. Bouzand, président du Conseil d'administration de la Compagnie des eaux de Royat, et de M. le docteur Mougent. président de la Saciété médicale de Royat.

À celte occasion, M. Georges Bruel lit une notice sur l'œuvre médicale de notre compatriote le docteur Henri Laussedat. Cette notice paraîtra dans le Bulletin.

— M. le lieutenant-colonel de Sarxr Hruuter lit la note justificative suivante :

« Aux lieu et place de mon excellent confrère Ti-rsonnier, dont la spécialité généalogique est bien connue, j'aurai deux mots de recti- fication à dire. à propos de la dernière conférence de M, Desdrvizes du Désert, sur le connétable de Bourbon, conférence qui nous a tenus sous le charme, il ÿ a eu mercredi huit jours.

« Le conférencier nous a parlé deux fois du maréchal de Dreux- Brézé ; la première fois j'ai dressé l'oreille, la seconde fois j'ai eu le tympan chatouillé. Il n'a jamais existé de maréchal de Dreux- Brézé. Louis de Brézé n'en portait que le nom, il était maréchal héréditaire de Normandie ; grand veneur et non maréchal de France. Par sa mère, il était petit-fils de Charles VIL et d'Agnes Sorel, propre neveu de Louis XI. Veuf d'une Dreux d'Esneval. il avail épousé Diane de Poitiers, dont il eut deux filles héritières. Quant à la terre de Brézé. elle appartenait à la maison de Maillé. La priucesse de Condé, fille du maréchal de Maillé-Brézé, vendit le marquisat à Thomas Dreux, conseiller au Parlement de Paris, lequel obtint une nouvelle érection en sa faveur en août 1685.

« Voir à ce sujet le Dictionnaire de la Noblesse de La Chesnaye- Desbois. »

— M.Tiensosnier mel sous les Yeux de l'assistance une affiche signée de M. Cortet, maire de Moulins, réglementant le tir des armes à feu, et une complainte ironique. intitulée : a Manifeste du comte de Chambord ». imprimée à Moulins, chez Fudez.

— M. Vipee lit une lettre où Me Picandet, institutrice à Ferrières- sur-Sichon, fait des objections sur l'historique des fouilles de Glozel.

. Notre collègue résume ensuite un ouvrage paru récemment, où il

74 SocréTé D'EMULATION Du BouRBONNAIS

est question du Bourbonnais : « Madame de Lafayelte en ménage. » Le Bullelin publiera cette intéressante bibliographie.

— M. le Président donne lecture de deux notices nécrologiques consacrées, l'une à M. Gabriel Morand, l’autre à M. de Laboulaye.

— M®° Moxceac signale que les Bourbonnais reliés à Paris par la téléphonie sans fil. ont entendu récemment une conférence faite par M. Thivrier, à l'agence Radio, suivie de l'audition de la Jeune fille de la Garde

— Sont présentés à l'admission :

M. Lacau Pierre, directeur du service des antiquités égyptiennes, Le Caire (Egypte), présenté par MM. le docteur de Brinon, chanoine Clément, Augustin Bernard.

M. Parurer Armand, pharmacien de 1" classe. ancien interne des hôpitaux, à Ebreuil (Allier), présenté par MM. Murat, Marcel Géner- mont et Goutaudier.

M: Cuances Marie, rue de la Monnaie, n° 3, Moulins, présentée par MM. Georges Bruel. Chambron, M”* Bucheron.

— Sont admis en qualité de membres titulaires :

MM. Olivier BERGeRON ne CHanrox, Léon Bureau, Paul DeEvaux, Mie EvranD.

—- L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 22h. 1/2.

E. CapPeLin.

SÉANCE DU 12 AVRIL 1926

PRÉSIDENCE DE M. GEonGes BRUEL

— Etaient présents : M®° Monceau, Mie Evaano ; MM. Bacvary, Burior-Dansines, Capeuts, chanoine CLémEvr. GAUTIER, GÉNERMONT, Loucxox, D' Monceau. Pavatzzov, abbé Rover, SARRazIN.

— Excusés : MM. ze D' pe Brixon, Miicewr, Vipee.

— Le procès-verbal de la séance précédente est Iu et adopté.

— Une note rectificative est réclamée par M. le chanoine Clément, au sujet du château de l’'Ours. Notre confrère fait remarquer que, si la province du Bourbonuais était la propriété du connétable de

ProcÈs-VERBAUX 75

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Bourbon, il ne s'ensuit pas forcément que le château de l'Ours ait été un bien personnel.

— M. Le Présibexr souhaite la bienvenue à M'* Evrard, direc- trice du Lycée de jeunes filles, et à M. l'abbé Royer. curé de Saint- Etienne-de-Vicq, nouveaux confrères qui assistent pour la première fois à nos séances. |

[Il rappelle à l'assistance que. M. Lamoureux vient d'être élu ministre de l'instruction publique. La Société est heureuse de voir ces délicates fonctions confiées à un de ses membres et lui adresse ses félicitations.

— Îl est procédé au dépouillement de la correspondance.

Lettres de : M! Evaaro ; M. l'abbé Rover: M. Paul Devaux, directeur de l'Elan, remerciant de leur adnnission.

— M. Bunior-Dansices prend à ce moment la parole et signale l'apparition de l'Elan, revue illustrée de-l’activité artistique et httéraire du Bourbonnais, organe de régionalisme et de décentrali- sation édité rue Jean-Jaurès, 7, à Vichy. Plusieurs des collabora- teurs de celte publication, notamment MM. Buriot-Darsiles, Crépin- Leblond et Génermont, font partie de notre Société.

— M. Vire annonce à M. le D' de Brinou, la publication prochaine, dans le Bullelin de lu Société bourbonnuise des études locales, de son inventaire de l'époque de bronze. que suivra l’inven- taire des époques postérieures.

— M. Cuevrier, notre confrère, architecte du: gouvernement égyptien, donne des détails sur les recherches archéologiques entreprises à Louqsor.

— M. le Président lit une lettre de M. le docteur MorLer, qui donne sa démission de membre de la Société; une lettre de M. Fradin, une autre de M. Clément, instituteur à Chantelle, et une note du D' de Brinon concernant les dites fouilles.

L'assemblée charge le Président d'écrire à M. le D": Morlet pour lui demander de vouloir bien retirer sa démission

— Lettre de M. Clément, de Chantelle, en date du 17.mars 1926, au sujet de découvertes et dont nous extrayons le passage suivant :

« Rien n'a été signalé jusqu'à ce jour dans la région de Chantelle, et ma découverte n'en aura que plus de valeur pour l'étude de notre Bourbonnais préhistorique.

76 SociéTÉ D'EMULATION pu BoURBONNAIS

« Tous mes échantillons ont été trouvés en surface et sur un espace réduit [l y aurait donc eu à cet endroit des habitats préhistoriques. Bien des époques se trouvent mêlées: moustérien (grandes lames, pointes caractéristiques, coches graltoirs et lames à coches) ; magda- lénien (petits burins. petites pointes) ; solutréen (pointes en feuilles de laurier de petite dimension, pointes à cran dont une avec le cran à gauche, ce qui est une rareté je crois) ; robenhausien ‘haches polices, petites lames à bords rabattus...).

« Avaut d'entreprendre un travail sur ces trouvailles, je voudrais avoir votre avis pour le classement certain de mes outils. Au même endroit, J'ai trouvé aussi quelques silex craquelés, ayant certainement subi l’action du feu.

« Sur un autre point, j'ai trouvé surtout du robenhausien (hachettes en serpentine, fragment de poignard. etc...). » |

— M.le Président-informe l'assistance qu'à la suite du décès de M. Delaigue, membre de la Commission du Musée, M. Viple est appelé à lui $uccéder dans cette fonction

— M G Braves fait remarquer qu'il est question de faire dispa- raitre du Muste, l'intérieur bourbonnais acheté, l'année dernière, à l'issue de la Quinzaine bourbonnaise.

Le Président est prié d'écrire à M. le maire pour demauder : 1” le maintien de l'intérieur bourbonnais ; 2° son installation dans la salle ouest, au premier étage.

— [l'est fait mention que les gravures de Marius Perret ne sont pas exposées.

— Îlest donné lecture de la liste des souscriptions obtenues, jusqu à ce jour, en faveur de la caisse des fouilles. Cette liste sera publiée dans le Bulletin.

— Lettre de M. le maire de Moulins. annonçant que la subvention n'a pu être accordée en raison du manque de fouds.

La Société remercie MM. Planche et Sarrazin. conseillers munici- paux, d'avoir appuyé notre demande.

— M. le chanoine CLémexr donne, au sujet de l'intérieur bourbon- nais, le renseignement suivant : il serait possible, grâce à la subven- tion de 5.000 francs, d'acquérir des mannequins destinés à porter les costumes.

— M. le Président signale des articles parus. les 25 et 26 mars

Procës- VERBAUX 77

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derniers, dansle Courrier de l'Allier, sous la signature de M. Camille Gagnon. Le sujet en est : « La vie et les œuvres d'Antoine Meillet, »

— M. le chanoine CLéÉmexr nous expose que, sollicité par M. le curé doyen de Souvigny d'établir un dépliant, pour faire connaître aux touristes. aux voyageurs pressés qui veulent se rendre compte de l'intérêt artistique qu'offre la magnifique église prieurale dont il a la garde, il a été conduit à étudier diverses parties de l'édifice dont l'attribution à une époque au à un personnage lui paraissait dou- teuse. C'est ainsi qu'il à été amené à enlever la partie du cloître qui subsiste, à Dom Cholet, le grand restaurateur de l'église au cours du xv*° siècle, pour l'attribuer au prieur Geoffroy d'Amboise, et à placer sa construction. non plus aux environs de 1445. mais entre les années 1503 à 1518. Depuis qu'il connait et étudie le gigan- tesque monument et le prieuré attenant, notre confrère croit pou- voir déterminer les diverses campagnes de construction de cet édi- fice, et spécialement se faire une opinion plus sûre à propos de la date et de l’auteur de la construction du cloître siadmiré pour l'élé- gance de ses nervures, de ses clefs de voñtes et surtout l'originalité du chevauchement de ces dernières au sommet des arcs ogivaux. Ce qui lui a permis de préciser la date de cette dernière construction, — qui terminait les autres bras du grand cloitre dont une partie avait été élevée au x1v° siècle, l'autre sous Doin Cholet et dont il ne subsiste rien aujourd'hui, — c'est l'étude des treize corbeaux qu'on voit sur le mur méridional de l'église et servant de points d'appui à la charpente qui portait le toit abritant la quatrième partie du cloître, pour mettre en communication ce dernier avec a salle capitulaire située à l'Est et la grande porte latérale Sud par où les moines pénétraient dans l'église.

Après avoir fait circuler plusieurs planches de photographies représentant le mur Sud de l'église et ce qui reste du cloître dont il venait de parler. et déroulé le relevé de diverses travées du mur exté- rieur portant les corbeaux en question. notre confrère nous indique qu'il a remarqué dans leur distribution les armoiries des divers bienfaiteurs de l'église : celui des ducs de Bourbon, ceux du, prieuré de Souvigny, de l'abbaye de Cluny, d'une donatrice — qui parait appartenir à la famille d'Entraigues, déjà titulaire d'une chapelle intérieure, — puis répétées deux fois, les armes de Geoffroy d'Amboise

78 SociÉTÉ D'EMULATION pu BoURBONNAIS

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(palé d'or et de queules), avec le bâton de prieur de Souvigny (1503), et dans les ornements du second, une grande lettre À d’un beau style qui évoque déjà la Renaissance. Enfin les mêmes armoiries, mais surmontées de la croix abbatiale de Cluny. dont Geoffroy d'Am- boise devint abbé — sans cesser d’être prieur de Souvignÿ — en 1510, jusqu'à sa mort survenueen 1518. Ce dernier écusson, accosté, — comme tenants, — de deux petits personnages. est surmonté d’un tailloir, mouluré, d'une suprême élégance, d'où partent les belles uervures aux arêtes saillantes et aux savantes pénétralions qui cons- tituent, en se répétant dans les cinq travées suivantes, toute l’ossa- ture de ce merveilleux cloître.

C'est là ce qui semble autoriser notre confrère à attribuer cette par- tie de l'édifice au prieur Geoffroy d Amboise, devenu abbé de Cluny, neveu du cardinal Georges d'Amboise, le célèbre ministre du roi Louis XII. |

— M. Burior-Dansices offre, pour la bibliothèque de la Socitété. un nouveau fascicule paru dans la collection. qu'il a déjà signalée en novembre dernier. des Diesterwegs Neusprachliche Lesehefte, collec- tion de textes pour l'enseignement du français dans les écoles secon- daires allemandes. Cet opuscule, intitulé Conteurs du Centre, a été publié par le D' Georg Govert, ancien assistant au Lycée Banville. Il groupe deux nouvelles de Charles-Louis Philippe, une de l’écri- vain nivernais Henri Bachelin, une d'Emile Guillaumin, et une signée de notre confrère.

Notre confrère signale aussi les fêtes qui out eu lieu, à Nevers, en l'honneur de Marie d'Arquian, mariée à Sobieski, roi de Pologne.

— M. le D' Monceau fait don à la Société d'un ex-libris à ses initiales. Les attributs médicaux : serpents, bouïilloires, squelettes et urnes sont habilement présentés, et la gravure est d'une parfaite netteté.

— Mie Movceat fait circuler une clef massive, quelque peu rouillée, qui jadis servait à la mairie de Moulins, ainsi qu'en témoi- gnent, sur Ja platitude de la poignée, les mots gravés : « Moulins », et sur l'autre face : « Mairie ».

— M. le Président met sous les yeux de l'assistance les volu- mes réceminent acquis de |’ « Anthologie des écrivains tués à la guerre ». |

ProcÈs-VERBAUX 79

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— Dons à la bibliothèque :

— Du comte vs CHaBanxes : Preuves pour servir à l'histoire de la maison de Chabannes, supplément IIT, Dijon, imprim. Jobard, 1926, in-8° broché, 696 pages, tiré à 70 exemplaires.

— Du D' Robert Louexox, thèse qui a a sujet : Les Colites amibiennes méconnues.

— De M. l'abbé Bsaumonr : Le lieutenant Pierre Galliard (1899- 1923), Moulins, 1926, Imprimeries Réunies.

— Du vicomte J. De Caauvicexy De BLor : Essai de généalogie sur la maison de Chauvigny de Blot, en Auvergne et Bourbonnais. par le chanoine Prévost.

— Album de la Quinzaine Bourbonnaise, dernier écho d'une mani- festation artistique très réussie et que notre Société a patronnée.

— Est présenté à l'admission :

M. Macc Jacques-Henri, notaire honoraire, à Lurcy-Lévy. par MM. Bonnet, Giraudet, Génermont. |

— Sont admis en qualité de membres titulaires :

M=° Marie Cuarces ; MM. Pierre Lacau : Armand Parurer.

— L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 23 heures.

E. CapPELix.

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=== PROGRAMME —

DE E LA KT EXCURS SION ee ec DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION

DANS LA RÉGION

de VILLEFRANCHE-MURAT

LE JEUDI 10 JUIN 1926

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Moulins. — Rende:-vous place Achille-Roche, à l'entrée de la rue Régeinortes. à 7 heures. Départ en autobus s'il v a lieu, ou en voi- tures particulières à 7 h. 30 au plus tard Route n° 145. vers Souvi- gny, Châtillon Le Montet ; à 1 k. sud du Montet, route n° 33, en direction de Villefranche jusqu'à la bifurcalion avec la route 68, en direction sud de Chappes ; route pittoresque, bordée de genèts d'or et d'aubépine blanche, avec des DÉRpE CRUE charmantes dans ces vallées.

Chappes 42 kil.. 9h.). — Visite de l'église romane, xn° siècle, nef avec bas-côtés, transept et chevet avec maîtresse abside et absi- dioles. Clocher octogonal sur la croisée avec étage inférieur décoré d'arcatures en mitre d'influence auvergnate. Porche appelé « caque- toué », comme à Murat. — À l'intérieur, chapiteaux intéressants, avec une statue de la Vierge et de l'Enfant de la période romane, une des plus anciennes madones du Bourbonnais des Vierges en majesté (Monument historique, 23 décembre 1918). — Bas-relief d'une dalle en pierre, servant d'antipendium au maître-autel et figurant l’Adoration des Bergers et le donateur à genoux, présenté par son patron saint Jean-Baptiste (M. H., 23 décembre 1918).

A la sacristie, on conserve les restes d'une croix processionnelle

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XXIVe Excursion + 81

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en cuivre repoussée sur âme de bois. Joli travail du xvi* siècle ; un précieux reliquaire-monstrance du xv° siècle ; un mortier à encens, etc. ——

Hors du bourg, Croix en pierre de sainte Anne, xvi* siècle, avec figures de saints. sculptées sur les quatre faces (M. H.,21 mai 1902),

œuvre très intéressante au point de vue de l’iconographie et du sym- bolisme religieux.

Départ : 10 heures. À cause du mauvais état de la route entre Chappes et Murat, l’on prendra, route 68, la direction de Chavenon, jusqu’à l'embranchement de la route 33, en tournant vers la gauche en direction de Villefranche. Au passage, on verra à gauche la vallée de Murat et le pittoresque village, son église et les importantes ruines que nous devrons visiter le soir.

Villefranche (10 kil., 10h. 30). — Petite ville fauche et close, dont on retrouve du reste quelques vestiges des murs de l'enceinte, élevés par le duc Louis IT.

Eglise romane, très curieuse. Cet édifice du milieu du x1r* siècle, a subi au xirI* siècle et au suivant une transformation intérieure presque complète, le bas-côté nord a été abattu ; un voûtage général établi au-dessous des fenêtres qui éclairaient la nef, avec modifi- cation curieuse des piliers romans. La façade a perdu deux travées, et son clocher a été remplacé par un minuscule porte-cloche. La façade méridionale mérite une attention spéciale par sa porte la- térale à triple archivolte, surmontée d’une fenêtre circulaire à re- dents et à profond ébrasement mouluré.

L'église a perdu son mobilier, qui devait être riche. La statue en pierre de la Pieta est seule intéressante, c'est une œuvre du com- mencement du xvi* siècle, qui fait la transition entre l’admirable Pieta de Notre-Dame de Montluçon et toutes les représentations de cette scène à la fin du xvi* siècle, où la Vierge soutient de la main droite la tête du Christ reposant sur ses genoux. (M. H., 23 décembre 1918). — Un tableau de médiocre valeur représente l'apparition de Notre Seigneur ressuscité à sainte Thérèse.

La sacristie conserve deux reliquaires en bois doré, dans le goût du xvrie siècle et, dans l'un desquels, on voit des reliques de sainte Thorette, la gracieuse bergerette qui a vécu au xi° siècle près de Villefranche, à Montcenoux. É

82 : Société p’EnuLarion pt BouRBoNNaAIs

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__ Montcenoux (à quelques centaines de mètres de Villefranche,

11 h. 1/4 à midi). — Restes de l'église collégiale donnée, en 1048, par le sire de Bourbon aux chanoines de Saint-Ursin de Bourges. Les murs extérieurs de la nef ont été conservés avec leurs contre- forts et leurs fenêtres étroites romanes. Le tout a été transformé en écuries pour le bétail du domaine et en greniers pour les fourrages ; on voit encore, au sud, une partie du mur du transept — Autour de l'église s'élevaient les modestes maisons des chanoines dont il reste encore au moins un curieux spécimen, avec la courette et le cellier. — On retrouve l’huilerie, avec son pressoir, sa meule, qui servait à toute la communauté capitulaire ; et, dans les décombres, des restes de chapiteaux ou des modillons de style poitevin.

Déjeuner : Midi, hôtel du Lion-d'Or, Lassalat-Chevrier. Départ : 2 heures pour Murat, en suivant la route n° 33, en direc- tion de Moulins, pendant 5 kilom.

Murat (2 h. 20). — Ancien chef-lieu d’une importante et riche châtellenie.

Eglise romane, dont le chevet et le haut clocher sur le flanc sud de l'édifice appartiennent à une première campagne de construction. La nef a sa voûte et tous ses arcs en tiers-point ; les bas-côtés sont voûtés d’arêtes, mais deux travées ont leurs voûtages en quart de cercle sans doute par suite d'influences auvergnates. Les chapiteaux, surtout les tailloirs de la nef, méritent de fixer l'attention. Contre le mur exlérieur sud une maison d'habitation s’est logée entre Îles grands arcs-boutants qui entourent l'édifice depuis le xv° siècle. La porte latérale est au fond d'un porche qu'on nomme, ainsi qu'à Chappes, le « caquetoué ».

A l'intérieur on peut voir : 1° un ancien dais d autelen bois sculpté, de la fin du xv° siècle ou des premières années du suivant, rare spé- cimen de ces curieux fonds d’autel formant rétables, communs autre- fois dans nos églises et dont on trouve un autre spécimen à Pollier (M. H., 23 décembre 1918) ; — 2° une superbe croix reliquaire pé- diculé, portant des armoiries aux émaux translucides ; délicieuse pièce d'orfèvrerie du xv‘ siècle, offerte sans doute à l’église par un officier du château (M. H.,23 décembre 1918); — 3° trois statues en pierre, relevant de l'art rural régional de la fn du xv* siècle, trois pièces du mème type, sans doute local, sont conservées dans l'église : a) la

XXIVe Excursion 83

Sainte Vierge et l'Enfant, dans la chapelle nord ; b) sainte Marie- Madeleine portant le vase de parfum qui la caractérise ; et c) sainte Catherine, la main gauche appuyée sur un débris de la roue brisée ‘ de son supplice ; toutes deux occupent les piliers intérieurs du mur de la façade.

Des restes de peintures murales de la période ogivale se montrent encore sur la croisée des arêtes du bas-côté septentrional.

Les ruines du château féodal de Murat. Ce manoir, le plus important du Bourbonnais après celui de Bourbon-l’Archambault, servait de douaire aux veuves de nos ducs. I] était déjà puissant sous nos sires ; Archambaud II date, de là, une donation faite entre 1061 et 1078 ; un autre signa la charte de franchise de Villefranche La femme de Robert de Clermont fils de Saint-Louis, Béatrix de Bour- gogne, y mourut le 1e" octobre 1310, et sa belle-fille, Marie de Hai- naut, femme de Louis, premier duc de Bourbon, y décéda en jan- vier 1341.

Ce beau château couvrait le monticule de ses vastes constructions, de sa cour. le tout enfermé dans une enceinte crénelée et flanquée — en y comprenant le donjon — de onze tours, dont l’une avait été élevée avec une grande salle par le bon duc Louis Il. —- Démantelé vraisemblablement après la défection du connétable, il achève de mourir lentement, défendant contre les intempéries des saisons les pierres de taille que les honimes du voisinage n'ont pu complètement réussir à lui arracher pour la construction de leurs propres demeu- res. ; les ruines achèvent d'y être ruinées. « efiam periere ruinæ !. .».

Départ de Murat à 4h. 30, route n° 33, en direction du Montet, en bifurquant après 3 kilomètres, à gauche, sur la route n° 68 ; à 2k. Chavenon.

Chavenon. — Modeste église rurale, type de ces petits édifices romans qui offrent quand même au visiteur toujours quelque chose d'intéressant. La petite nef unique était couverte en charpente appa- rente. Le chœur a été, à la fin du xiv* siècle, remanié. Le clocher carré, élevé dans le chœur, offre des baies jumelles ogivales et une très jolie flèche octogonale, la dernière dans cette région de ces aiguilles en pierre qu’on admire depuis Saulcet. La Feline, Le Theil, à Noyant, à Saint-Sornin, à Rocles, à Buxières-les-Mines, et jusqu'à

Ygrande.

84 SOCIÉTÉ D'EMULATION DU BOoURBONNAIS

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- A l'intérieur, on voit la statue en bois de la Vierge et de l'Enfant ; œuvre grossière d'un artiste rural du xv* siècle. Elle est curieuse parce que le sculpteur a dû s'inspirer d'un modèle plus ancien : la Vierge au trône ou en majesté. comme à Chappes. Mais à Chavenon, l'Enfant n'est pas présenté à l’adoration des fidèles ; il tient sen- lement l'oiseau symbolique que lui a donné la mystique gothique. Dislocation vers 5 h. 15. Les membres de la région de Moulins pourront alors, soit continuer à suivre la route 68 et rentrer par Buxières, Saint-Hilaire, Meillers et Souvigny ; soit revenir à la route n° 33 et gagner Moulins par le Montet, Châtelus, Souvigny ; ou s'ils le préfèrent, à Tronget prendre la route de Cressanges et traverser la forêt de Moladier, plus douce aux moteurs dans cette direction, et plus pittoresque. J. C.

Les personnes désireuses de prendre part à cette excursion sont priées de bien vouloir en donner avis, au plus tard le 4 juin, dernier délai, à M. Evaarp CAPELIN, n° 81, rue de Bourgogne, à Moulins, trésorier de l’excursion.

. Les excursionnistes qui comptent se servir de leur voiture ou par- tager celle de leurs amis, n'auront à remettre à M. le trésorier, à l'hôtel, à Villefranche, au cours du repas pris en commun, que la somme de 16 francs pour le déjeuner et bonnes-mains.

Quant aux personnes qui désireraient suivre l'excursion en utili- sant un autobus moulinois, nous les prions — pour éviter les diffi- cultés qui se sont présentées ces dernières années, et toutes surprises désagréables — d'en donner avis, avant le ms mai, à M. le trésorier.

On peut envisager deux voitures : l’une de 15 places, l’autre de 22 à 24 places. = La première, au complet, reviendrait à 40 francs par personne (place et bonnes-mains).

La seconde à 30 francs par personne (place et bonnes-mains).

Ces prix ne sont établis que par voilure complète. Si donc le 75 mai les adhésions ne sont pas suffisantes pour nous permettre dé retenir une voiture complète, même celle de 15 places, la presse

‘locale voudra bien prévenir le public que nous aurons dû renoncer aux autobus ; et ainsi les membres qui désireraient suivre l'excur- sion devront le faire par leurs propres moyens.

XXIVe Excursion 85

— Nos amis de Montluçon en prenant le train à 6 h. 40, seraient en gare de Chavenon à 7 h. 52 ; pour le retour à Montluçon, ils pourraient prendre à Murat à 15h. 53 le train qui va de Moulins à Montluçon, mais il leur res- tera : 1° à s'assurer à l'hôtel du Lion d'Or, à Villefranche, d'une voiture qui les prendrait à Chavenon vers 8 heures et les conduirait à 9 heures à Chappes, puis les ferait suivre l'excursion jusqu'à Murat ; 2 prévenir M. le trésorier, dans le délai indiqué, de leur présence à l'excursion et au déjeuner.

— Les personnes étrangères à la Société qui désireraient se join- dre à elle pour cette excursion, seront. comme de coutume, les bien- venues ; mais elles devront se faire présenter. lors de leur inscription, par l’un des membres de notre compagnie, en prévenant à la date fixée M. le trésorier.

Comme les années précédentes, les dames seront admises à pren- dre part à l’excursion.

Les amateurs photegraphes qui prendront des vues, sont priés de bien vouloir concourir à la documentation qui restera dans les Ar- chives de la Société. 0

Ils n’auront qu’à les adresser à M. Marcel GÉNERMONT. directeur du Bulletin, place de la République, à Moulins.

La Société décline toute responsabilité pour les accidents qui pour- raient se produire au cours de l'excursion.

Les membres de notre Société sont priés de prendre leur insigne. Ceux qui n’en posséderaient pas pourront se le procurer au moment du départ, ou à l'arrivée à Chappes, en s'adressant à M. le trésorier.

Souscription pour la Caisse départementale des fouilles (Première Liste, à la date du 19 avril). |

le

Mre Philippe Thomas 50 fr. — M. G. Bruel, 100 fr. — M. Béhiet, 20 fr. — M. Monceau, 100 fr. — D° de Brinon, 25 fr. — Comte de Lacarelle, 20 fr. — Commune de Paray-sous- Briailles, 20 .fr. +— M. J. de Dreuille, 20 fr. — M. de Lamaugarny, 20 fr. — M Verna- dat, 20 fr. — Commune de Gannat. 20 fr. - M. Baury, 20 fr. —

M. le lieutenant-colonel de Saint Hillier, 50 fr. : Cotisations di- verses inférieures à 20 francs, 75 fr. — Total : 560 fr. + (À suivre. )

Les souscriplions doivent étre ho à M. Frobert, trésorier, avenue Théodore-de-Banville, à Moulins. | |

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Les Poésies françaises

DU P. HENRI GRIFFET

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Les œuvres poétiques du Père Henri Griffet se partagent en poésies latines et en poésies françaises.

Les premières comprennent quelques hymnes du Bréviaire de Bourges, et les poèmes contenus dans le volume Varia Carmina (Liège, chez Bassompierre, 1766), parmi lesquels se trouve le poème De Arte regnandi que l’on attribue généralement au P. Claude Griffet, frère cadet de notre versificateur, jésuite et poète comme lui.

Les secondes se composent, à notre connaissance, de deux pièces de vers seulement : l’une intitulée Les vœux de la France sur le sacre de Louis XV, dont un exemplaire est conservé à la Bibliothèque .Nationale, l’autre rencontrée récemment dans le commerce et ayant pour titre : Au Roy sur sa majorité.

Ce sont ces deux compositions prosodiques que l’on réédite plus loin, en les faisant précéder de l'éloge de leur auteur par Elie Fréron, et en accompagnant le tout de quelques notes ou références.

Poésies de circonstance, tirées à nombre restreint d'exemplaires et non recueillies dans les ouvrages du temps, ce qui explique aujourd’hui leur extrême rareté ; elles ne gagnent pas à être rappro- chées tant à cause de la répétition des mêmes idées que du peu de variété des rimes ; elles n'ajoutent rien non plus à la gloire du P. H. Griffet ; toutefois, en raison de leur petit intérêt historique et bio-bibliographique, elles valent que l’on s'en souvienne. et cela en Bourbonnais plus particulièrement, où rien de ce qu'ont laissé ses grands hommes ne doit être tout à fait indifférent à ceux qui y sont nés où" qui portent quelque affection à cette ancienne province. . .

PoËsiEs FRANÇAISES DU P. HEnui Guirrer S7

A ———

ELOGE DU P. HENRI GRIFFET Par M. FRÉRON

des Académies d'Angers, de Montauban, de Nancy, d Arras, de Caen, de Marseille et des Arcades de Rome (1)

« Paris, le 30 mars 1771.

« Je viens d'appprendre, Monsieur, la mort presque subite du P. Griffet, et je me hâte d'offrir sur son tombeau Île tribut de regrets et d'éloges que je dois à la mémoire d'un homme de lettres de pre-. mier ordre, que j'ai. connu personnellement, et qui m’honoroit de son amitié.

« Henri Griffet naquit à Moulins le 9 octobre 1698. Il fit ses pre- mières études à Paris au Collège de Louis-le-Grand, où il étoit pen- sionnaire. Sa Rhétorique finie, il entra chez les Jésuites. Après deux années de Noviciat, il revint à Louis-le-Grand pour y faire son cours de Philosophie. Dès qu'il l’eut achevé, ses Supérieurs le jugèrent capable d'enseigner les Belles-Lettres dans ce inême Collège. En effet, il remplit cet emploi avec la plus grande distinction. Il avoit reçu de la nature tout ce qu’elle donne quand elle veut produire un homme d'un vrai mérite. Une santé robuste, une imagination brillante, une pénétration vive, une application infatigable, une mé- moire prodigieuse, une facilité singulière : tel est le fond. si riche par lui-même, qu'il ne cessa jamais de cultiver.

« Nous avons de sa jeunesse un Recueil de Poésies Latines ; ce sont ses premiers essais : ils respirent ce goût sûr, ce tact délicat, ce naturel piquant que l’on puise dans la lecture des écrivains d'Athènes et de Rome, et qui se perdent à mesure que l'on s’écarte de ces grands modèles. Ennemi comme eux de toute affectation, il bannissoit déjà de ses écrits les beautés mêmes qui n'étoient pas à leur place, et préféroit une simplicité noble à ce style coniraint, pré- cieux, épigrammatique ou gigantesque, aujourd'hui si fort à la mode.

« Après avoir consacré ses premières années à sa propre instruc- tion et à celle des enfans qui lui étoient confiés, le P. Griffet étudia la Religion qu'il connaissoit, qu'il aimoit, qu'il pratiquoit, mais dont

a

À

(4) Extrait de l'Année Littéraire, 1771, 1. 11. pp. 132-143.

88 SocIÉTÉ D'EMULATION pu BOURBONNAIS

il n'avoit pas encore sondé les sublimes profondeurs. Trop judi- cieux pour avoir la manie des systèmes, trop droit pour donner dans les rafinemens de la Métaphysique, sa Théologie eut pour base la parole de Dieu, -la tradition et l'autorité de l'Eglise. Il se destinoit à la prédication. Un goût vif, un talent rare, un zèle ardent, l'appeloient dans cette carrière. Lorsqu'il eut acquis les connois- sances que demande dans cette partie le génie même le plus heureux et que‘néglige la foule des Précheurs modernes, il monta dans ia chaire Evangélique : il y parut avec le plus grand éclat. Peu d’ Ora-' teurs Chrétiens ont été plus généralement et plusconstamment suivis ;” et ce succès, il le devoit, non, comme tant d'autres, à la cabale, à l'intrigue, à l'esprit de parti, mais à des qualités éminentes qui ‘se réunissoient dans sa personne pour en faire un homme vraiment éloquent : une figure imposante, une voix forte et sonore, une décla- mation pleine de dignité, une composition nette et précise, un style noble et facile, un raisonnement pressé, solide et concluant. Il ins: truisoit, il touchoit, il convainquoit ; jamais it ne vouloit éblouir. Persuadé que dans le Saint Ministère qu'il exerçoit, il se devoit: éga- lement aux Petits et aux Grands, il se mettoit à la portée de tout le monde ; il sçavoit s’abaisser sans ramper, s'élever” sans se perdre dans les‘nues : ce qui peut-être est plus difficile et’ sans contredit plus édifiant, que de surprendre l'admiration d’un frivole auditoire par la pompe fastueuse des mots, par des guirlandes'symétriques de fleurs, par de petites phrases joliment arrangées, pär des portraits chargés d’ ‘enluminure, par une diction plus PRE ARS qu FApos- tôlique. |

‘« Pour affermir et perpétuer les i impressions salutaires qu'il faisoit par ses prédications, le P. Griffet se délassoit des fatigues de l’ A vert et du Carême en travaillant à des ouvrages de piété. Nous avons de fui une Année Chrétienne en dix-huit volumes : elle est supérieure à tôat ce Qu'on nous avoit donné dans ce genre. La vie du Saint: pour chaque jour du mois. est faite avec beaucoup d’exactitude et de cri- tique ; les réflexions sur les Epîtres et les Evangiles renfermet les instructions les plus importantes. et respirent les sentiments les plus tendres et lés plus affectueux. Il fitimprimer encore des Méditations pour loùs les jours de l'année en un volume, ainsi que des Exercices de Piété pour la Communion. Il avoit composé ces deux derniers écrits à la sollicitation et pour l’usage de feu Mgr le Dauphin. J'ai

PoésIES FRANÇAISES DU P. Henri GRIFFET 89

vu les lettres pleines de bonté par lesquelles ce Prince, non moins éclairé que vertueux, lui en témoignoit sa satisfaction.

« Des travaux si multipliés eussent absorbé le temps de tout autre que du P. Griffet. Il en trouvoit encore pour écouter indistincte- ment dans le tribunal de la pénitence tous ceux qui s’adressoient à lui, pour répondre à la confiance dont l'honoroient beaucoup de personnes du rang le plus élevé, pour remplir à la Bastille et à Vincennes la fonction pénible et délicate de confesseur de ces deux maisons royales, et pour suivre le goût des recherches historiques qu’il avoit eu de bonne heure. Il entreprit une nouvelle édition de la grande Histoire de France du P.-Daniel ; vous la ‘connaissez cette édition, Monsieur, et vous lui accordez toute l'estime qu’elle mérite ; elle est enrichie de notes sçavantes et d’un grand nombre de disser- tations curieuses. À la suite de l'Histoire de Louis XIII dont le P. Griffet est l’auteur, il a donné le Journal du règne de Louis XIV. Nous avons peu d'ouvrages de cette classe qu’on puisse comparer à cette excellente collection, et surtout à l'Histoire de. Louis XIII,:qui seule suffiroit pour ‘éterniser la mémoire de l'écrivain. Une narra- tion simple et naturelle, une infinité de traits et d'anecdotes intéres- santes, des réflexions pleines de sens et de sagesse, une critique fine et lumineuse, distinguent la plume de cet Historien nprenle autant que profond. : ur « Nous sommes encore tie au P. Griffet, d'une nouvelle édition corrigée et augmentée des Mémoires pour servir à l'Histoire universelle de l'Europe depuis 1600 jusqu'en 1746, par le:P. d'Avrigny, Jésuite, qu'il a enrichi d'un tome de plus ; ils n'étoient' qu'en quatre volumes in-12 ; ils sont actuellement en cinq. IE est:aussi l'Editeur d'un Recueil de Lettres pour servir d'éclaircissement à l'Histoire du dernier règne, en huit volumes ; des Mémoires du maréchal de Vieil- leville, des Mémoires de Henri-Charles de la Trémoille; Prince de Tarente ; d'un autre volume qui renferme l'Histoire de Tancrède de Rohan, et de quelques autres pièces concernant l'Histoire Romaine et celle de France. Son âge, ses infirmités et d'autres circonstances malheureuses ne lui permettant plus de précher, il voulut bien céder aux instances de ses amis et faire imprimer ses Sermons. Ils sont en quatre volumes à Paris, chez Desaint, Libraire, rue du Foin- Saint-Jacques. On en a donné plusieurs éditions, et cet empresse- ment du Public dit tout en leur faveur. Nous avons encore de lui

90 Soc1ÉTÉ D'EMULATION pu BouRBONNAIS

deux Brochures, dont l'une a pour titre : Observations sur le règne de Marie reine d'Angleterre, et adressées à M. Hume ; l’autre, Lettre. à M°° sur l'Emile de J.-J. Rousseau de Genève.

« Lorsqu'il fut obligé de sortir du royaume (1), des personnes du plus grand nom, vertueuses. sensibles et bienfaisantes, dont la pro- tection est un éloge, se chargèrent elles-mêmes d'adoucir ce que l'expatriation avoit de cruel et de terrible pour un homme de son mérite et de son âge. Bruxelles fut l’asyle qu’elles lui firent choisir. C'est là qu'il a passé les dernières années de sa vie. Sa retraite n'y fut point oisive. Il y a deux ans qu'il fit paroître un volume excellent intitulé : Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'Histoire. à Paris, chez Desaint. Il a été si bien accueilli qu'il s'en est fait deux éditions en moins d’une année. J'ai vu depuis peu une réponse aux trois derniers chapitres de ce Livre. Je n'ai pas été moins surpris que fâché de trouver dans cette réponse de l’aigreur et même de la dureté contre un auteur célèbre, esti- mable, honnète, qui jamais ne s'est permis dans ses ouvrages un mot offensant contre qui que ce soit. Peu de temps après que le Traité des Preuves eut paru, il publia | {nsuffisance de la Religion Naturelle prouvée par les vérités contenues dans les Livres de l'Ecri- ture Sainte, etc., deux volumes in-12. à Paris, chez Desaint. J'ai rendu compte dans différents volumes de mes Feuilles de presque tous les ouvrages du P. Griffet que je viens d'indiquer. Il avoit formé depuis quelque temps l’entreprise longue et pénible de tra- duire toutes les Oraisons de Cicéron. Sur la fin de l’année dernière il me fit l'honneur de m'écrire pour me demander ce que je pensois de ce dessein Je lui répondis que j'en étois enchanté ; que toutes les traductions que nous avions des Oraisons de Cicéron, étoient détestables : qu'il étoit heureux pour ce grand Orateur d'avoir enfin trouvé un interprète digne de lui ; qu’il rendroiït à notre Litté- rature un service important s’il pouvoit achever ce travail. En effet,

(1) On remarquera que Fréron. qui n'a pas rappelé plus haut le titre de prédicateur du roi qu'avait eu le P. Griffet, qui n'a pas mentionné non plus ses poésies françaises, omet volontairement ici de parler des matériaux et des ouvrages que notre jésuite fournit ou publia pour la défense de sa Société menacée de suppression puis d'expulsion. Il agit ainsi vraisembla- blement pour n'avoir pas à donner son opinion et éviter les ciseaux de dame Censure.

PoËÉSIES FRANÇAISES DU P. HENRI GRIFFET 91

j'ai vu plusieurs de ces Oraisons qu’il m'avoit fait passer On y retrouve la force, l'élégance et la vivacité de l'original, ce tour élo- quént, ce style ferme et nombreux, ce goût, cet art, ceite finesse qui firent l'admiration des plus beaux jours de Rome. Ses traductions sont accompagnées d’argumens et de notes critiques, quel dom- mage qu'il n’ait pu remplir un projet qu’il exécutoit avec tant de soins et d'intelligence. Il n’a laissé que les vingt premières Oraisons ; elles méritent d’être données au Public, et sans doute qu'on ne le privera pas d'un ouvrage qui lui étoit destiné.

« Malgré l'opération de la pierre qu’on lui avoit faite, le Père Griffet éprouvoit souvent des atteintes douloureuses de gravelle ; mais la force de son tempérament, le courage de son esprit, sa gaîté naturelle : tout faisoit espérer qu'on pourroit le conserver : encore quelques années Îl se portoit même en apparence beaucoup micux qu'à l'ordinaire, lorsque le Jeudi 21 Février il fut attaqué d'une colique violente; les vomissements survinrent ; les secours qu'on lui donna sur le champ furent inutiles ; il mourut. le lende- main après vingt-quatre heures de souffrances aigues. Îl avoit pro- fité de quelques heureux intervalles de connaissance pour se confes- ser et pour recevoir l’extrême-onction ; maisil s'éloit préparé à ce redoutable passage par une vie constamment innocente, par son zèle et ses travaux pour la Religion. par sa patience et sa douceur dans les maux et les adversités en tout genre qui affligeoient sa mal- heureuse vieillesse. | | —

« Le P. Griffet, quoique très sçavant, ne porloit dans le com- merce de la vie ni pédantismes, ni rudesse, ni aridité. On l'y trou- voit même en quelque sorte, supérieur à ses ouvrages. tant il mettoit de feu, d'énergie et de grâce dans tout ce qu'il disoit. ll avoit une imagination vive, un jugement admirable, un coup d'œil sûr, un discernement exquis, une mémoire ornée de toutes les richesses de J'Éloquence, de la Poësie et de l'Histoire, une franchise qui lui donnoit quelquefois l'air un peu dur, mais qui ne venoit que de son amour pour la vérité, et non de bonne opinion pour lui-même ou de mépris pour les autres. Liant et facile quand il le vouloit, il sçavoit intéresser tous les caractères d'esprit, et plaire également à tous ceux qui le voyoient. Son âge avancé ne lui avoit, rien ôté de sa flamme, de sa chaleur, de ses agréments, et. jusqu'à la veille de sa mort, sa conversation fut, comme elle l’avoit toujours été, non

92 SOC1ÉTÉ D'EMULATION pu BOURBONNAIS

moins amusante qu'instructive. Î[l jouissoit à Bruxelles de la consi- dération la plus méritée. Tout ce qu'il y avoit de grand et d’esti- mable dans cette ville s'empressoit de le voir et de jouir de son entretien. Il est regretté généralement et avec justice La Religion perd en lui un de ses défenseurs les plus zélés et les plus instruits, la Littérature un de ses meilleurs écrivains. ses amis tout ce qui

faisoit le charme de leur vie. ; CLauDe MosNiEr.

Se

LES VŒUX DE LA FRANCE sur le sacre de Louis XV (1)

Toy qui tient dans ta main le cœur de tous les Rois, Qui les rends, quand tu veux, dociles à ta voix, De notre Roy, Seigneur, éclaire la jeunesse, Fais briller à ses yeux un rayon de sagesse. Qui fasse évanoüir ces trompeuses couleurs, Dont le vice flatté sçait couvrir ses horreurs.

Oubliant devant Toy l'éclat qui l’environne, - {l adore en tremblant la main qui le couronne, Il dépouille son front d'un faste impérieux, Et reconnoit qu'un Roy n'est qu'un homme à tes yeux. Ses regards soutenus d'un auguste silence, Tiendront l'impiété muette en sa présence ; Puisse du grand Louis l’autère Majesté Estre empreinte à jamais sur son front redouté ; Qu'on sçache dans sa Cour qu'un mortel temeraire _ .. Ne peut braver le Ciel, sans cesser de lui plaire : Que la religion est la première loÿy, Et qu'attaquer son Dieu, c'est attaquer son Roy.

Que la fraude et l'erreur (2), si long-temps menacées Dans leurs sombres détours demeurent terrassées, Puisse-t-il arracher le masque séducteur Qui déguise les traits de leur noire fureur ;

Puisse-t-il étouffant une rage impuissante, Porter le dernier coup à l'hydre renaissante !

| (1) Bibliothèque Nationale Yc 1810 (12). In-&° de 4 pages sans lieu ni date.

(2) Allusion d'une part aux mercantis de l'époque, de l'autre aux caivi- ‘nistes et aux jansénistes dont les Jésuites furent les plus terribles adver- -Saires. -

PoÉsIES FRANÇAISES DU P. HENRI GRIFFET 93

D 2 ————— A — —————— — ——————

Qu'il soit sensible, humain tendre pour ses sujets, Et qu'à les rendre heureux il borne ses projets. Qu'il connoisse le prix des pleurs de l'innocence, Et qu'en les essuyant il montre sa puissance.

Du mérite oublié qu'il soit le défenseur,

Qu'il tire l'orphelin des mains de l'oppresseur. Que de l’humble vertu son Trône soit l'azile,

Qu'à l'abri de son nom le pauvre soit tranquile. Qu'il répande partout l'abondance et la paix,

Et qu'il puisse compter ses jours par ses bienfaits, Qu'il ne fasse jamais éclater son tonnerre,

Qu'il soit plutôt l'amour que l'effroy de la Terre.

Peut-être on lui dira que les sanglants exploits Doivent éterniser la gloire des grands Rois ; Qu'un Heros couronné par les mains de Bellonne Ne voit jamais flétrir l'éclat de sa couronne : Qu'il faut suivre les pas des Monarques guerriers, Et chercher dans le sang l'honneur et les lauriers.

Non, Prince, non toujours la veritable gloire N'est pas pour les grands Rois le fruit de la victoire, L'amour peut dans les cœurs dresser des monumens Que n'alterent jamais les injures des temps. Du plus noble cizeau le temps détruit l'ouvrage, Ce qu'a tracé l'amour, passera d'âge en àge.

Mais qu'entreprend-je ici, Prince de t'enseigner ? Considère PHILIPPE (1), et tu sçauras regner. Aussi grand qu'aucun Roy qu'ait jamais vù la France, 11 a forcé l'Europe à craindre ton enfanve, PHILIPPE te dira, par quels secrets ressorts Un Roy peut à son gré tourner ce vaste corps. Ecoute aussi la voix d'un Ministre lidele (2), Tu trouveras dans lui le génie et le zele. Elevé par degrez au faite des randeurs Son mérite est encore au-dessus des honneurs. Pour mille mauvais choix la fortune abhorrée Aux yeux de l'univers va paroitre éclairée : Elle laisse ramper tous ses adorateurs, Et donne aux grands talens ses plus grandes faveurs.

H. GRIFFET, ». L. ©. D.1.

‘ (4) Phiiippe, duc d'Orléans, le Régent. (2) Le fameux cardinal Dubois. Henri Griffet ne fut pas le seul à encenser ce personnage : Massillon, Pressan, évèque de Nantes, le cardinal de Rohan - et combien d'autrestombèrent dans le mème égarement. sa

M SocrÉTÉ D'EMULATION Du BoURBONNAIS

nn + nm,

AU ROY sur sa majorité (1)

Au milieu des plaisirs d’une agréable enfance, Tu croissois, cher objet de l'espoir de la France : - Les Jeux formoient la Cour de leur aimable Roy, Et les Ris assidus voloient autour de toy. Tu goütois ces respects que ta grandeur t'attire, Mais tu va prendre en main les rènes de l'Empire: Que de travaux sont joints à ce pénible honneur Tu ne dois t'occuper que de notre bonheur. Tu vas sentir le poids d'un Sceptre qu'on adore : Car ce n'est plus ton nom, c'est toÿ que l'on implore.

Les Rois doivent leur tems à d'utiles projets. Ils ont plus de devoirs que n'en ont leurs sujets. Regarder tout un peuple avec des yeux de pere ; Répandre l'abondance et bannir la misere, N'épargner pour l'Etat ni peines ni travaux, Pour le rendre tranquille oublier son repos, Soûtenir dignement les droits du Diadême, Vaincre ses ennemis et se vaincre soy-même ; Voir le vice caché sous cent masques divers, D'un seul de ses regards mesurer l'univers, Donner un libre accès à la vertu craintive ; Prêter aux malheureux une oreille attentive ; Maitre absolu de tout, n'obéir qu'à la Loÿ : Voila, Prince, voila ce que doit faire un Roy.

Applique-toy <